La deuxième vague de Covid-19 en 10 graphiques

Le 17 août 2020, le nombre de personnes infectées par le Covid-19 atteint un record quotidien : 129 nouveaux cas ont été détectés. Depuis la réouverture des frontières, les contaminations ne cessent d’augmenter. En comparant avec les données de la première vague, inkyfada revient en chiffres et en graphiques sur la reprise de l'épidémie.

Par | 20 Août 2020 | 15 minutes | Disponible en arabe
Au mois de mars, quand le virus SARS-CoV-2 atteint la Tunisie, des mesures drastiques sont rapidement prises : fermeture des frontières, couvre-feu, confinement… Face à un système de santé fragile et au manque d’infrastructures, l’impact du Covid-19 risque d’être fatal. Mais après la multiplication rapide des malades les premières semaines, la situation se stabilise et l’épidémie semble être sous contrôle. Progressivement, les commerces et cafés se remplissent de nouveau, les masques dans la rue disparaissent. Le Covid-19 paraît loin… jusqu’à la réouverture des frontières le 27 juin 2020.   

Pour limiter les risques d’une reprise des contaminations, le ministère de la Santé a établi des mesures sanitaires en fonction du pays de provenance. Mais ce classement a suscité des incompréhensions : plusieurs pays considérés à risques, comme la France ou l’Italie, sont classés en “liste verte”, exemptant les voyageur·ses de tests et de confinement. 

Depuis, le nombre de cas déclarés ne cesse d’augmenter et 87% d'entre eux proviendraient de zones en liste verte. Certains pays, dont la France et la Belgique, ont été de nouveau classés en liste orange, imposant un test et une quarantaine. Les autorités ont aussi annoncé que tou·tes les voyageur·ses devront désormais fournir un test RT-PCR lors de leur entrée sur le territoire à partir du 26 août. Mais les chiffres des nouvelles contaminations - qui comportent un grand nombre de cas locaux - montrent qu’une reprise est déjà entamée.

En comparant l’évolution de la situation après l’ouverture des frontières le 27 juin avec la période suivant la découverte du premier cas le 2 mars 2020, inkyfada met en perspective les différents chiffres de l’épidémie, afin de comprendre au mieux les risques que représente cette reprise en Tunisie. Compte tenu des données obtenues, inkyfada considère la date du 10 juin comme fin de la première vague sachant qu'aucun nouveau cas n'a été décompté pendant plusieurs jours et que le taux d'hospitalisation a également chuté.

Une forte hausse du nombre de cas

Cas actifs cumulés depuis la déclaration du premier cas (2 mars 2020)

Document

Le 18 août 2020, la Tunisie atteint son pic de cas actifs : 972 personnes sont atteintes par le coronavirus. Depuis le début du mois d’août, l’évolution du nombre de cas actifs est la plus rapide jamais enregistrée depuis le début de l’épidémie. 

Pendant la première vague, le maximum de cas actifs enregistrés n’avait pas dépassé 784 malades, à la date du 16 avril 2020. À partir de là, le taux avait progressivement diminué avant de chuter au cours du mois de mai, résultat des stratégies mises en place pour endiguer l’épidémie. Au 13 juin, on compte seulement 49 cas actifs à travers le pays. Par la suite, le mois de juin connaît une légère reprise qui se confirme pendant les semaines suivant la réouverture des frontières. 

Comparaison des nouveaux cas quotidiens entre la première et la deuxième Vague

Document

Pour la première fois depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en Tunisie, la barre des 100 cas quotidiens est dépassée le 14 août 2020. En comparaison, pendant la première période, le pic avait été atteint avec 59 cas déclarés le 24 mars et avait régulièrement baissé depuis.

Pendant la première vague, le nombre de contaminations commencent à diminuer un mois après la découverte du premier cas. Depuis le 27 juin, au contraire, les nouveaux cas observés pendant cette deuxième vague augmentent régulièrement, particulièrement à partir du mois d’août. Ainsi, sur une même durée, l’augmentation du nombre de cas depuis l’ouverture des frontières est bien plus conséquente que pendant la première période. 

Comparaison des Moyennes hebdomadaires du nombre de cas quotidiens entre la première et la deuxième vague

Document

Entre le mois de juillet et début août, la moyenne de nouveaux cas par jour augmente d’environ 15 malades. Mais l'accélération est ensuite fulgurante : cette moyenne est presque multipliée par 3 entre le 8 et le 15 août.

Comparaison du nombre de cas cumulés entre la première et la deuxième vague

Document

Le 15 août, le nombre de personnes contaminées dépassent celui qui avait été atteint pendant la première vague à la même période. La courbe continue depuis d'augmenter de manière exponentielle alors que l'autre s'aplatit progressivement jusqu'à devenir quasi-constante.

Comparaison du Nombre de tests effectués entre la première et la deuxième vague

Document

Globalement, plus de tests ont été effectués depuis l'ouverture des frontières qu'au début de l'épidémie. Le 6 août, 1743 tests ont ainsi été réalisés, alors qu'à la même période, le 11 avril, seuls 562 avaient été pratiqués.

Mais malgré l'augmentation sensible du nombre de cas, les autorités sont encore loin de pratiquer une politique de dépistage massive malgré les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Leur stratégie est avant tout de tester les personnes ayant été en contact avec les malades afin de limiter les risques de contamination.

Les dernières vagues de tests qui ont été pratiqués visaient ainsi principalement à dépister les personnes présentes dans les foyers de contamination, comme à l'aéroport de Tunis ou dans les gouvernorats de Gabès, Sousse, Médenine et Kairouan. "Par exemple, quand ils ont décidé de faire tester tout le personnel de l'aéroport, il fallait faire 400-500 par jour", détaille le directeur de l'institut Pasteur, Hechmi Louzir. D'après lui, découvrir des zones à risques implique de multiplier les tests, "ce qui explique les variations". Une nouvelle variable s'ajoute : les voyageur·ses en provenance ou au départ de certains pays doivent se soumettre à un test RT-PCR pour vérifier leur négativité.

Document

Locaux VS. importés 

Comparaison du nombre de cas locaux cumulés entre la première et la deuxième vague

Document

Après l’ouverture des frontières, alors que les chaînes de transmission étaient maîtrisées sur le territoire, les nouvelles contaminations sont avant tout venues de l'étranger. Ainsi, le premier cas local n’est détecté qu’à la date du 13 juillet et la courbe décolle progressivement seulement un mois après l’ouverture des frontières. Au mois de mars, en comparaison, les cas locaux se multiplient rapidement.

Cependant, pendant la première vague, l’évolution des cas locaux a connu une augmentation régulière et a commencé à se stabiliser deux mois après la détection du premier cas. Au contraire, la courbe post-réouverture des frontières commence à augmenter très rapidement autour du 10 août. Entre le 16 et le 17 août, plus de 100 nouveaux cas locaux ont ainsi été découverts.

Cette vague de contaminations présente plusieurs dangers : en plus de multiplier les risques de propagation de l'épidémie, elle pourrait rendre difficile le traçage des différentes chaînes de transmission, surtout en cas de patient·es asymptomatiques. 

Comparaison du nombre de cas importés cumulés entre la première et la deuxième vague

Document

Pendant une quarantaine de jours, les courbes des cas importés suivent une évolution similaire, même si les cas importés après le 27 juin sont plus nombreux qu’après le 2 mars. Par la suite, les tendances diffèrent : le nombre de cas importés après l’ouverture des frontières continue d’augmenter, presque à la même cadence. Alors qu’à partir du 9 avril, la courbe de la première vague s’aplatit et se stabilise, ne dépassant pas les 300 cas. 

Cette baisse s’explique par les mesures prises par les autorités tout au long du mois de mars. Avec la fermeture des frontières instaurée le 18 mars, les risques que des personnes malades proviennent de l’étranger ont été fortement limités. 

Répartition du nombre de cas locaux et de cas importés pendant la première vague (1er graphique) et la deuxième vague (2ème graphique)

Document
Document

Pendant la première vague, le nombre de cas locaux a très rapidement dépassé le nombre de cas importés. Dès le 27 mars, les autorités ne décomptent pas moins de 130 cas locaux contre 120 importés.

Depuis la réouverture des frontières, la tendance est à l'inverse. Le nombre de cas importés dépasse les cas locaux jusqu’au 15 août. À cette date, les autorités comptent 486 malades contaminé·es localement contre 453 importé·es. Contrairement à la première vague, le nombre de contaminations locales ne tend pas à diminuer : au contraire, la courbe connaît une évolution exponentielle, en particulier depuis le mois d’août. 

Plus de cas mais moins de décès

Comparaison entre le nombre de Cas hospitalisés cumulés ENTRE la première et la deuxième vague

Document

Malgré une forte hausse du nombre de contaminations depuis le 27 juin, le nombre d’hospitalisations reste pour l’instant très inférieur à celui de la première vague. Un pic a été observé les 14 et 15 août, avec 24 personnes dont l'état de santé s'est dégradé. En comparaison, les 19 et 20 avril, il y avait 131 personnes hospitalisées. 

Ce faible taux de cas nécessitant une hospitalisation pourrait en partie s’expliquer par le fait que 85% des nouvelles personnes contaminées seraient asymptomatiques d'après les informations fournies par l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes (ONMNE). Elles n’auraient donc besoin d’aucuns soins particuliers. Mais même sans symptômes apparents, ces personnes restent contagieuses et si elles ne sont pas dépistées, elles risquent d'infecter des populations vulnérables tout en échappant au radar des autorités.

Comparaison du nombre de décès entre la première et la deuxième vague

Document

De la même manière que peu de nouvelles personnes sont hospitalisées, une dizaine de décès seulement ont été recensés depuis le 27 juin. Jusqu'à présent, les données montrent que la première vague a été plus violente et meurtrière. Cependant, une légère hausse est constatée depuis le début du mois d'août et trois personnes sont décédées entre le 17 et le 18 août.

Ce mercredi 19 août, 113 nouveaux cas ont été détectés. Face à cette hausse, certaines décisions ont été prises pour ralentir la propagation du virus , notamment par les autorités locales de certains foyers de contaminations. À l'échelle nationale, les autorités comptent aussi rendre les masques obligatoires dans certains lieux et changent régulièrement la réglementation par rapport à l'entrée sur le territoire, sans pour autant envisager un retour au confinement général ou à d'autres mesures plus restrictives.

Document