La série "Gens suspects" retrace des éléments du vécu de personnes fichées par les services de renseignement français en Tunisie (entre les années 1910 et les années 1930) et, dans certains cas, condamnées. Majoritairement surveillés pour des raisons politiques, les "gens suspects" (des hommes musulmans pour la plupart) pouvaient aussi l’être pour des "faits divers". Cette série d’articles tente de faire parler ces fiches de police rédigées il y a un siècle et de comprendre l’expérience coloniale à travers le prisme sécuritaire. "Gens suspects" puise ses sources dans le fonds d’archives du même nom conservé aux Archives nationales.

Suspecte n°1 : Mabrouka bent Salem ben Younès. Emprisonnée pour ambiguïté

| 15 Novembre 2020 | 10 minutes
Le 20 octobre 1917, un télégramme chiffré arrive depuis Gabès dans les mains du Résident général français à Tunis. On l’informe qu’une femme qui s’appelle Mabrouka bent Salem ben Younès, originaire de la Tripolitaine et habillée comme un homme, a été arrêtée à Menzel Chergui et qu’elle arrive le lendemain matin à Tunis sous escorte policière.