Al Khatt, l’éditrice de inkyfada, est convoquée en dissolution. Nous continuons.

Le 11 mai, le Tribunal de première instance de Tunis examinera une demande de dissolution visant Al Khatt, l'association qui édite ce journal depuis 2014. La procédure, engagée par la Présidence du gouvernement, repose sur un motif contesté par Al Khatt pièces à l'appui depuis 2024, et qu'aucune juridiction n'a jamais examiné au fond.
Par | 23 Avril 2026
5 minutes
Disponible en arabe

Ce que nous sommes

Depuis douze ans nous menons un travail d'enquête, de vérification et de narration de long cours sur des sujets d'intérêt public : corruption politique et fiscale, dérives institutionnelles, politiques migratoires et coopérations sécuritaires, violences d'État, conditions de travail, combats sociaux, droits des minorités, effets du dérèglement climatique sur les économies littorales.

Notre travail a été reconnu à l'échelle nationale, régionale et internationale. Inkyfada est membre du Global Investigative Journalism Network (GIJN), de l'International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) et du réseau Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ) . Nous avons participé, aux côtés des rédactions partenaires de l'ICIJ, aux enquêtes Panama Papers, Pandora Papers et Implant Files.

Les Panama Papers ont valu à l'ensemble du consortium le Prix Pulitzer 2017. Plus récemment, l'enquête Desert Dumps, menée avec Lighthouse Reports, le Washington Post, Le Monde, Der Spiegel, El País, Tagesschau, IrpiMedia et Enass sur les expulsions forcées de migrant·es dans les zones désertiques d'Afrique du Nord, a reçu le prix IJ4EU Impact Award 2025.

En Tunisie, notre travail a été distingué par l'Instance nationale de lutte contre la corruption et par le Syndicat national des journalistes tunisiens.

Nos enquêtes sont reprises, traduites, citées. Elles nourrissent des travaux universitaires, des procédures judiciaires, des missions parlementaires, des rapports d'organisations internationales. Nous appartenons à une communauté professionnelle exigeante, qui veille aux standards de notre pratique, de la vérification des sources à la protection des lanceurs d'alerte. Nous n'avons jamais opéré en isolement. Nous ne comptons pas commencer à le faire.

Comment nous travaillons

Inkyfada est financé en partie par Al Khatt, qui couvre une portion de nos besoins à travers des subventions déclarées et auditées chaque année. L'autre partie est assurée par l'activité propre de l'équipe, qui vend une expertise construite au fil de plus d'une décennie de pratique. Formation de journalistes, accompagnement éditorial de rédactions partenaires, développement d'outils numériques adaptés aux besoins des médias, conseil en stratégie éditoriale et en structuration de projets. Ces prestations sont mobilisées par des rédactions tunisiennes, maghrébines et internationales, par des organisations de défense de la presse, par des acteurs de la société civile, par des universités et des centres de recherche.

Cette diversification n'est pas accessoire. Elle est le fruit d'un choix fondateur, soit construire un média qui n'existe ni par la publicité, ni par la dépendance totale à un bailleur unique, ni par l'affiliation politique. Elle explique aussi pourquoi nous avons pu traverser des années difficiles sans jamais cesser de publier.

Ce que nous vivons

Depuis trois ans, l'association qui nous édite subit des blocages bancaires, des contrôles administratifs, des convocations judiciaires. Ces mesures affectent nos conditions de travail, nos trésoreries, notre capacité à planifier. Elles pèsent sur les équipes qui font ce journal. Elles n'ont pas interrompu nos publications.

Les motifs invoqués ne portent pas sur nos articles. Aucune de nos enquêtes n'est contestée en justice par l'État tunisien. Aucune rectification ne nous a été demandée sur le fond d'un article. Aucune action en diffamation portée par une autorité publique ne pèse sur la rédaction. Mais les campagnes qui visent Al Khatt, les accusations relayées sur nos financements étrangers, le vocabulaire employé dans les pièces de procédure, les angles d'attaque choisis, tout cela fait retour, obstinément, sur le travail éditorial que nous produisons. L'association n'est pas inquiétée pour sa comptabilité. Elle est inquiétée pour ce qu'elle porte.

Ce que nous entendons faire

Nous restons solidaires d'Al Khatt. L'association a porté ce journal pendant douze ans. Elle a protégé notre indépendance éditoriale, construit la confiance avec nos partenaires, tenu le cadre dans lequel nous travaillons. Nous lui devons cette reconnaissance, et le soutien que nous sommes en mesure d'apporter dans la séquence qui s'ouvre.

Et nous le disons sans ambiguïté, quelle que soit l'issue de l'audience du 11 mai, Inkyfada continue. Nous ferons ce qui est nécessaire pour que ce journal poursuive sa mission, dans le cadre du droit, avec les moyens dont nous disposons et ceux que nous construirons s'il le faut. Les enquêtes en cours iront à leur terme. Les dossiers ouverts seront traités. Les engagements pris envers nos lecteurs, nos partenaires et les journalistes qui travaillent avec nous seront tenus.

Un journal d'investigation ne se défend pas en se racontant lui-même. Il se défend en faisant son travail. C'est ce que nous avons fait pendant douze ans. C'est ce que nous continuons à faire aujourd'hui.

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