7 graphiques pour comprendre le basculement démographique de la Tunisie.

En 2014, la Tunisie enregistrait 225 887 naissances. Dix ans plus tard, à peine 126 401, près de moitié moins. Ce recul n'a rien d'un creux passager. Il pèsera sur le pays pour les décennies à venir.
Par | 22 Juin 2026
7 minutes
Disponible en arabe
En quarante ans, la population tunisienne a presque doublé. Dans les trente prochaines, elle ne gagnera qu'un peu plus d'un million d'habitants avant une quasi-stagnation vers 2054. Les projections publiées en mai 2026 par l'Institut national de la statistique dessinent un basculement rapide : la fécondité s'est installée sous le seuil de remplacement, l'excédent naturel s'effondre et la pyramide des âges se renverse. Voici comment, en 7 graphiques.  

1. La population vieillit

En quarante ans, la structure de la population tunisienne a profondément changé. En 1984, les enfants de moins de 5 ans représentaient près d’un Tunisien sur sept, tandis que les personnes âgées de 60 ans et plus ne pèsent qu’environ 6 % de la population. En 2024, le vieillissement devient nettement visible : les 60 ans et plus atteignent 16,9 %, contre 11,6 % dix ans plus tôt.

Les projections de l’INS prolongent cette transformation. À l’horizon 2054, la base de la pyramide des âges se rétrécit, tandis que les générations adultes et âgées occupent une place plus importante. La Tunisie entre ainsi dans une nouvelle phase démographique, marquée par un renouvellement plus lent de sa population.

2. Les naissances et les décès se rapprochent

Pendant longtemps, la Tunisie a connu un large excédent naturel, avec beaucoup plus de naissances que de décès. En 1994, le pays enregistrait 200 233 naissances pour 50 300 décès, soit près de quatre naissances pour un décès. Trente ans plus tard, cet écart s’est fortement réduit : en 2024, l’état civil compte 126 401 naissances pour 73 121 décès.

Ce rapprochement entre les deux courbes montre un ralentissement net de la croissance naturelle. L’excédent naturel, qui atteignait 152 890 personnes en 2015, est tombé à 53 280 en 2024. Après le pic exceptionnel de mortalité enregistré pendant la pandémie de Covid-19, la tendance de fond reste la même : la population continue de croître, mais de moins en moins par les naissances. Selon les projections de l’INS, en 2053, la Tunisie comptera 137 908 naissances pour 123 192 décès. Soit un excédent naturel de 14 716.

  3. La croissance démographique ralentit 

En quarante ans, la Tunisie a presque doublé sa population, passant de 6,97 millions d’habitants en 1984 à 11,97 millions en 2024. Mais cette phase de forte croissance touche à sa fin.

Selon le scénario central de l’INS, le pays ne gagnerait plus qu’environ 1,36 million d’habitants au cours des trente prochaines années, pour atteindre 13,33 millions en 2054. Le ralentissement se lit aussi dans le taux d’accroissement annuel : déjà tombé à 0,87 % lors de la dernière décennie, son plus bas niveau historique, il descendrait à 0,03 % en 2054. À cet horizon, la population tunisienne serait presque stable.

4. La fécondité reste sous le seuil de remplacement 

En trente ans, le nombre moyen d’enfants par femme a été divisé par deux. Selon les données de l’état civil, l’indice de fécondité est passé de plus de 3 enfants par femme en 1994 à 1,54 en 2024.

Ce niveau reste très inférieur au seuil de 2,1 enfants par femme, nécessaire pour assurer le renouvellement des générations. Même dans le scénario central de l’INS, qui prévoit une remontée progressive à 1,81 enfant par femme en 2054, la Tunisie resterait sous ce seuil. Pour les prochaines années, l’institut retient une fécondité comprise entre 1,3 et 1,7 enfant par femme, confirmant une tendance durablement basse.

  5. La part des jeunes recule, celle des aînés progresse   

En seulement cinq ans, la structure par âge de la population tunisienne devrait sensiblement changer. Selon les projections de l’INS, les moins de 15 ans passeraient de 23,0 % de la population en 2025 à 19,0 % en 2030.

Dans le même temps, la part des 60 ans et plus augmenterait de 16,8 % à 19,9 %. La population en âge d’activité, entre 15 et 59 ans, resterait quant à elle proche de 60 %. Le basculement se joue donc aux deux extrémités de la pyramide : moins d’enfants à la base, davantage de personnes âgées au sommet.

  6. Le taux de dépendance des aînés augmente  

Le vieillissement de la population tunisienne pèsera de plus en plus sur les générations en âge d’activité. Selon les projections de l’INS, pour 100 personnes âgées de 15 à 59 ans, la Tunisie comptera 32,6 personnes de 60 ans et plus en 2030, contre 27,9 en 2025.

En cinq ans seulement, le taux de dépendance des aînés progresserait ainsi de 4,7 points. Cette hausse traduit un changement profond dans l’équilibre entre les générations : les actifs devront composer avec une population âgée de plus en plus nombreuse, une tendance qui devrait se poursuivre au-delà de 2030.

  7. La croissance se concentre sur le littoral   

Derrière la moyenne nationale se cachent deux Tunisies. Entre 2015 et 2023, la population du pays a progressé de 6,4 %, mais cette hausse s'est massée sur la côte et autour de la capitale. La banlieue de Tunis arrive loin devant, l'Ariana en tête avec plus de 13 %, suivie de Ben Arous et de la Manouba. Le Sahel et le Cap Bon tiennent le rythme. À l'intérieur, dans le nord-ouest, Jendouba, le Kef ou Béja stagnent, gagnant à peine quelques milliers d'habitants en huit ans. Aucune région n'a perdu de population, mais l'écart se creuse entre un littoral qui se remplit et un intérieur qui stagne. 

Un pays plus vieux, des jeunes qui partent

Une population plus âgée et qui ne grandit presque plus, c'est davantage de personnes du grand âge à soigner et à accompagner, et un poids croissant sur chaque actif qui finance les retraites et la santé. Or ces actifs sont aussi ceux qui partent. Entre 2019 et 2024, 156 497 Tunisiens ont quitté le pays, selon le recensement, plus du double de la décennie précédente, et il s'agit pour l'essentiel de jeunes adultes de 20 à 34 ans, dont près de quatre sur dix diplômés du supérieur. À cela s'ajoute la fracture territoriale, le littoral qui se densifie et l'intérieur qui progresse à peine.

Reste une marge de manœuvre. L'INS pointe une fenêtre, entre 2030 et 2045, quand les générations un peu plus nombreuses nées au début des années 2000 entreront dans l'âge d'avoir des enfants. Encore faut-il qu'elles restent. Ce répit ne soutiendra les naissances que si ces jeunes adultes trouvent en Tunisie un emploi stable, un logement et de quoi fonder une famille, plutôt qu'une raison de partir. Selon l'INS, rien n'est encore joué. La fenêtre, elle, se referme dès 2045.

Inkyfada Landing Image

Un média indépendant à la pointe de l’innovation éditoriale

Créez votre compte aujourd’hui et profitez d’accès exclusifs et des fonctionnalités avancées. Devenez membre et contribuez à renforcer notre indépendance.

Un média indépendant à la pointe de l’innovation éditoriale. Devenir membre