Coupe du monde 2026 : Lamouchi viré, Hervé Renard en mission, les coulisses du fiasco tunisien

Pour son entrée en lice dans la Coupe du monde 2026, la Tunisie s’est fait balayer 5 à 1 par la Suède. Une défaite qui a tout fait exploser : Sabri Lamouchi viré dans des conditions ubuesques, Hervé Renard débarqué en mission commando sur injonction de la présidence de la République, et des têtes qui pourraient tomber à la FTF bien au-delà du seul bilan sportif. Enquête sur 24 heures de chaos.
Par | 16 Juin 2026
7 minutes
Et la terre trembla. Pour son entrée en lice dans la Coupe du monde 2026, la Tunisie de Sabri Lamouchi s’est faite balayer 5 à 1 par la Suède au Mexique. Un séisme. Pas seulement sportif : diplomatique, institutionnel, identitaire. En mondovision, les Aigles de Carthage ont offert au monde l’image d’une équipe désorganisée, sans âme collective, et le reflet d’une sélection à l’agonie. Une situation que inkyfada avait pourtant documentée des semaines avant le coup d’envoi. 

  Les feux étaient au rouge  

Quatre mois après le naufrage de la Coupe d’Afrique des nations, la Fédération tunisienne de football (FTF) n’avait rien changé à ses méthodes. La liste de Sabri Lamouchi pour la Coupe du monde en portait déjà les cicatrices avec des choix imposés par la hiérarchie fédérale, des promesses faites puis reniées, et les mêmes logiques clientélistes qu’inkyfada documente depuis plusieurs mois.

Avant même le coup d’envoi, tous les signaux d’alarme clignotaient. La claque reçue lors du dernier match de préparation face à la Belgique, sur le score de 5 à 0, avait exposé aux yeux du monde les lacunes béantes de l’arrière-garde tunisienne. À l’issue de cette déroute, Sabri Lamouchi n’avait pas pris de gants, qualifiant la prestation de ses joueurs de “ honte. Une sortie qui, loin de galvaniser le vestiaire, avait creusé un peu plus le fossé entre le sélectionneur et ses propres joueurs.

Car derrière la façade technique, le ver était dans le fruit bien avant le Mexique. Comme inkyfada l’avait révélé, plusieurs choix de liste avaient été dictés depuis les bureaux de la FTF plutôt qu’issus du seul jugement du staff technique. Une politique de quotas non officielle, pilotée en grande partie par le vice-président Hussein Jenayah, avait conduit à retenir des joueurs au détriment de la cohérence sportive, afin de satisfaire les grandes formations du championnat local et s’assurer que chacune touche sa part des indemnités versées par la FIFA. Des promesses avaient été faites à des joueurs, certains rencontrés personnellement par le sélectionneur, puis non tenues. 

Lamouchi, le fusible qui a très vite sauté

Contre la Suède, Sabri Lamouchi n’a pas non plus aligné l’équipe qu’il souhaitait. Selon les informations d’inkyfada, le onze de départ a été modifié à deux reprises sous la pression de certains membres dirigeants de la FTF. Le choix d’une défense à trois avec des pistons inadaptés, à l’image de Yan Valery, ou encore l’utilisation d’Elias Saâd en numéro neuf, ne relevaient pas de la seule volonté du technicien. Après le 5 à 0 contre la Belgique, l’obsession fédérale de conjurer une nouvelle humiliation avait paradoxalement conduit à des décisions tactiques précipitées, notamment sous l’influence de Zied Jaziri.

En interne, la rupture avec le vestiaire était déjà consommée bien avant le match. Selon nos informations, Zied Jaziri, directeur sportif, souhaitait se séparer de Lamouchi dès la déroute face à la Belgique pour aborder la compétition avec un visage neuf. Plus personne, ou presque, ne croyait en l’entraîneur. Les distensions entre Lamouchi et le duo Jenayah-Jaziri étaient montées crescendo depuis plusieurs semaines. 

Son éviction, au lendemain du revers contre la Suède, s’est déroulée dans des conditions ubuesques. Sans en avertir le principal concerné, la FTF a publié l’annonce sur sa page Instagram, avant de supprimer précipitamment le post. Pendant ce temps, Lamouchi se rendait avec son groupe sur le terrain d’entraînement pour diriger la séance du jour, ignorant que les dirigeants préparaient en coulisses l’arrivée de Mondher Kebaier pour assurer l’intérim. Mais à minuit, dans la nuit du 16 juin, une autre piste s’est brusquement activée.

Hervé Renard, une mission commando

Cette piste n’est d’autre qu’Hervé Renard. Habitué du continent africain après être passé par le Maroc, il a notamment remporté la CAN avec la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015. Le technicien de 57 ans est libre depuis son départ d’Arabie Saoudite en avril dernier. L’opération a été menée en quelques heures, soutenue par l’ami de longue date du technicien français, Smaïl Bouabdellah, qui l’a lui-même annoncé sur la chaîne de télévision française M6. Très vite, un accord s’est dessiné pour les deux matchs restants de la phase de groupes, face au Japon et aux Pays-Bas. Un contrat à durée déterminée, mission commando, avec l’intention affichée de l’officialiser dans la foulée pour qu’il puisse se mettre au travail immédiatement.

Un acteur a joué un rôle décisif dans ce dossier : la présidence de la République. Pour rappel, Carthage avait eu une influence directe dans la nomination de Lamouchi, notamment par le refus d’installer Franck Haise sur le banc tunisien. Le 5 à 1 infligé par la Suède avait été vécu comme une humiliation nationale en mondovision, et c’est aussi au sommet de l’État que la décision de mettre fin au contrat de Lamouchi a finalement été actée. Pour convaincre Renard de s’engager, la FTF a dû être forcée de concéder ce qu’elle n’avait jamais accordé à aucun de ses prédécesseurs, à savoir la liberté de venir avec plusieurs membres de son propre staff. Cette fois, Jenayah, Nasri et Jaziri n’ont décidé de rien. Ils n’ont pas été impliqués une seule seconde dans la venue du technicien français.

De leur côté, les joueurs continuent de vivre ce tournoi dans un environnement délétère. Selon les confidences recueillies par inkyfada, certains ont l’impression d’évoluer au sein d’une institution qui ressemble davantage à une “mafia” qu’autre chose. La direction de la FTF est décrite en interne comme une structure à trois niveaux : celui qui dirige dans l’ombre, celui qui exécute, et une cour de courtisans. 

La présidence de la République ne s’est pas contentée de faire venir Renard. Un message clair a été adressé à Hussein Jenayah : en cas de non-qualification pour le second tour, les conséquences seront sévères. Des poursuites judiciaires sont sérieusement envisagées, non pas pour le bilan sportif, mais pour les ingérences, les pratiques clientélistes et les “magouilles” qu’inkyfada documente depuis plusieurs mois concernant les têtes fortes au sommet de la FTF

Et ensuite ?

Hervé Renard aborde ce défi avec une motivation affichée. Mais son entourage prend soin de préciser qu’aucune décision n’a été arrêtée pour l’après Coupe du monde. Pour les deux matchs restants, le technicien a accepté la même rémunération que son prédécesseur : 30 000 euros par mois. Si l’aventure devait se prolonger, les négociations s’annoncent autrement plus complexes. Renard coûte cher, et ses prétentions salariales dépassent ce que la FTF a l’habitude et la possibilité d’allouer. La présidence, prête à un effort financier pour redorer l’image des Aigles, ne le serait peut-être pas sans conditions. L’idée d’un engagement jusqu’en 2028 circule, mais Renard n’a pas tranché. Il ne veut pas, pour l’instant, parler de la suite. Dans son entourage, le message est unanime : “ Hervé sera là pour la Coupe du monde. C’est tout ce qu’il faut savoir.” Les prochains jours s’annoncent décisifs.

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