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Amira, 25 ans, surveillante dans une école française, 700 dinars par mois

06 Mars 2022 |
Contrainte à abandonner ses études d'ingénierie routière, elle se retrouve entourée d’enfants dans une cour d’une école française. 

Originaire de la Marsa, Amira est l’ainée d’une fratrie de trois. La situation financière de la famille est modeste. Son père est tourneur, sa mère femme au foyer qui veillait à l'éducation de ses enfants. Amira était brillante mais ses rêves se sont vite envolés lorsqu'elle a abandonné l'école.

Amira n'a jamais cessé de croire en ses ambitions. Elle a étudié l'ingénierie routière après avoir obtenu son baccalauréat, mais en 2019 des circonstances l'ont amenée à abandonner ses études. Elle se retrouve à chercher un travail capable de payer les dépenses qui pesaient sur son père. Peu à peu, elle s'est découverte une passion et un engouement pour la mode, ce qui a fait naître en elle l'envie de lancer un projet de vêtements de seconde main. Elle a donc commencé par créer une page Instagram. 

Au début de chaque mois, après avoir reçu ses revenus personnels de ses parents, elle achète des vêtements de seconde main et tient à les photographier de manière artistique pour ensuite les publier sur la page. Au début du projet, elle a pu percevoir des revenus importants, mais petit à petit, les abonnés de la page ont diminué. Sa volonté de continuer s'est alors affaiblie après la baisse des revenus, et elle s’est retrouvée à nouveau au chômage…

"J'aime les vêtements et la mode et je suis les défilés de mode avec passion. Depuis que je suis jeune, je crée mes propres vêtements".

Amira occupe son temps libre à regarder des émissions de mode et à naviguer sur des sites internet consacrés à ce domaine afin de suivre les dernières tendances et de s'en inspirer pour ses achats. Elle collectait de l'argent grâce à ses propres économies et à l'aide de sa mère, qui l'encourageait à développer son projet. Parfois, il lui arrivait même de vendre ses propres habits.

Le sport est également un de ses centres d'intérêt. Elle a eu l'occasion de pratiquer sa passion gratuitement dans une salle appartenant à l'une de ses amies. En contrepartie, elle la seconde en son absence lors des cours de sport pour enfants, surtout que son expérience, acquise grâce à son travail, lui facilitait la tâche auprès de cette tranche d’âge. 

Lorsqu'elle parle de son travail, elle sourit en disant : "Ces petites âmes me font aimer la vie."

Amira entretient une très bonne relation avec les enfants. Grâce à son poste de surveillante dans une école française, elle a appris à les protéger, les soutenir et les encadrer. 

700 dinars est le premier et le plus haut salaire qu'elle reçoit. Si au début la somme lui semblait considérable, petit à petit les dettes se sont accumulées, et elle n'a pas pu épargner une somme supérieure à 150 dinars, comme l'aspire Amira. 

Voici un aperçu de ses entrées et sorties d’argent mensuelles:  

Les dépenses de la jeune femme sont réparties de manière très précise, surtout qu'elle tient à économiser environ 150 dinars par mois. Son salaire mensuel est réparti entre les frais de transport, les vêtements et autres besoins de base. Quant aux loisirs et aux visites chez le médecin, ses revenus ne lui permettent pas d'y consacrer suffisamment d'argent. C'est son père qui s'en charge puisqu’elle vit toujours avec sa famille.

Amira est toujours soucieuse de limiter ses dépenses afin de mettre de côté une somme, aussi minime soit-elle, en vue de soutenir son propre projet de vente de vêtements de seconde main.

La surveillante a obtenu son emploi actuel après un parcours décourageant dans sa quête acharnée d'un emploi bien payé. Elle travaillait auparavant comme secrétaire chez un notaire pour un montant ne dépassant pas 300 dinars, malgré la difficulté de la tâche. Cette somme ne répondait pas à ses besoins, "Chercher un emploi en Tunisie, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin." dit-elle en soupirant.

Voici les détails de ses entrées et sorties d’argent mensuelles: 

Zone Grise 

Amira parle de sa dépression lors de sa dernière année en ingénierie routière. Cela l'a poussée à interrompre soudainement ses études, chose que sa famille n'a pas comprise, ce qui a accru la fragilité de sa santé mentale pendant cette période.

Amira déclare en soupirant : "La fatigue psychologique a affecté mes études et mes relations sociales. Le manque de sensibilisation de notre société à l'importance de la santé mentale a compliqué les choses. Ma famille ne se souciait ni de moi, ni de ce qui me troublait à l'époque. Leur seule préoccupation était mes études."

Le future 

La dépression n'a pas vaincu Amira, mais l'a plutôt rendue plus forte. Aujourd'hui, elle aspire à un nouveau départ dans un pays qui lui garantit une stabilité financière et morale pour atteindre ses objectifs, et c'est ce qui lui fait penser à émigrer dans un pays européen.

Amira dit : "Nous avons été habitués dans nos sociétés arabes à ce que la fille ne soit pas séparée de sa famille à moins d'être mariée, et nous sommes habitués au soutien matériel et moral de la famille. C'est ce qui explique nos difficultés à obtenir une indépendance."

Aujourd'hui, Amira aspire à être indépendante de l'autorité de sa famille, mais son salaire actuel ne lui permet pas de le faire. Ses tentatives pour trouver un emploi mieux rémunéré ont été rejetées, surtout qu'elle n'a pas obtenu de diplôme universitaire. 

Elle conclut en disant : "Toutes mes tentatives pour obtenir un emploi ont échoué, car quelqu'un de moins expérimenté que moi est digne de l'emploi uniquement parce qu'il a un diplôme universitaire." Amira ne veut pas retourner à l'école.