Départ de Renard, silence de la FTF et guerre interne : les coulisses de l’après Coupe du monde 2026

Trois matchs, trois défaites, une élimination sans gloire dès la phase de groupes. Entre le limogeage expéditif de Sabri Lamouchi, le passage éclair d’Hervé Renard et une fédération à couteaux tirés jusque dans ses propres rangs, la Coupe du monde 2026 aura surtout été, pour la Tunisie, le théâtre d’un effondrement en mondovision. Enquête sur les coulisses d’un fiasco annoncé, et sur une FTF qui continue de se murer dans le silence.
Par | 09 Juillet 2026
7 minutes
La sanction est tombée sans surprise, mais avec la brutalité d’un couperet. La Tunisie a quitté la Coupe du monde 2026 par la petite porte, avant-dernière d’un tournoi à 48 équipes, après trois défaites consécutives face à la Suède (5-1), au Japon (4-0) et aux Pays-Bas (3-1). Un bilan sportif calamiteux, mais qui ne raconte que la partie visible de l’iceberg. Car pendant que les Aigles de Carthage s’effondraient sur la pelouse, c’est toute une fédération qui achevait de se disloquer en coulisses, entre dirigeants aux abonnés absents, ministre sur le départ et sélectionneur parti aussi vite qu’il était arrivé. inkyfada retrace les dessous d’une débâcle qui dépasse, une fois de plus, le seul cadre du ballon rond.

Des joueurs et un coach dépourvus

Sur le terrain, le naufrage était total. Le jeu tunisien affichait une pauvreté proprement affligeante, porté par des joueurs vidés de toute confiance après le séisme du premier match. Hervé Renard, débarqué en catastrophe pour reprendre les rênes, n’a eu besoin que de quelques séances d’entraînement pour comprendre dans quel guêpier il venait de mettre les pieds.

Selon nos informations, deux constats se sont imposés à lui presque immédiatement. D’abord, un trio jugé toxique. Hussein Jenayah, Zied Jaziri et Khemaies Hamzaoui ont été écartés sans ménagement de son fonctionnement quotidien, le technicien français les considérant selon une source proche à inkyfada “comme un véritable poison pour le football tunisien”. Ensuite, un constat plus physique, presque clinique : la préparation athlétique du groupe s’est révélée catastrophique. En fin de séance, certains joueurs peinaient à assumer la cadence de l'entraînement. “Dylan Bronn crachait ses poumons, et il n’est pas le seul” nous confie un proche des joueurs. 

Selon nos informations, Hervé Renard aurait été proprement choqué par le climat qui régnait à la FTF, et profondément surpris par certaines de ses méthodes de fonctionnement. Le technicien a donc saisi, dès son arrivée, l’ampleur du malaise institutionnel qui rongeait la sélection. Il n’a pas souhaité apparaître aux côtés du moindre dirigeant fédéral, Moez Nasri, Hussein Jenayah ou Zied Jaziri, lors de sa conférence de présentation. Une mise à distance calculée, révélatrice de son état d’esprit.

Hervé Renard, un petit tour et puis s’en va

La présidence de la République a pourtant tenté le tout pour le tout afin de le retenir, allant jusqu’à lui offrir une carte blanche totale sur l’ensemble des sélections nationales, des jeunes jusqu’à l’équipe A. Un chèque en blanc rarissime dans le football tunisien. Mais la tendance à un départ s’est très vite confirmée, et pour cause : avant même le coup d’envoi du match contre le Japon, pendant que Renard tentait tant bien que mal de s’installer dans ses fonctions, la fédération, elle, était aux abonnés absents. Moez Nasri restait injoignable. Hussein Jenayah ne donnait plus signe de vie depuis plusieurs jours. Seul Zied Jaziri s’agitait encore un peu, avec une sortie médiatique pour donner l’illusion d’une situation sous contrôle.

Dans les faits et selon un membre proche du dossier, c’est la présidence de la République qui gérait, seule, les communications avec Hervé Renard et le fiasco en cours. En effet, toujours selon la même source, la sortie médiatique de Jaziri pour se donner du crédit aurait été très mal perçue par Carthage qui à de multiples reprises, a ensuite demandé aux dirigeants de la FTF de “faire profil bas”. 

Le dénouement, lui, est tombé sans grande cérémonie. Hervé Renard a annoncé sur ses réseaux sociaux qu’il ne poursuivrait pas l’aventure avec les Aigles de Carthage. “Je souhaite le meilleur à cette équipe tunisienne pour l’avenir. Je suis convaincu qu’elle continuera à grandir, à faire vibrer tout un peuple et à écrire de belles pages de son histoire.” a-t-il écrit, avant de remercier “ tous ceux qui m’ont accompagné tout au long de cette aventure”. Et de conclure: “ Je vous souhaite beaucoup de réussite pour la suite. Mon aventure prend fin”.

Selon des proches de Renard à inkyfada, il ne s’agit en rien d’un désaccord financier, un entretien étant même prévu entre le technicien, le ministre des Sports et la fédération. Mais Renard a fini par estimer, toujours selon la même source proche du coach, que les conditions de travail, et plus largement l’état de délabrement institutionnel de la FTF, ne lui permettaient tout simplement pas de faire correctement son métier. Depuis son départ, la tendance est désormais à un retour d’un entraîneur tunisien sur le banc des Aigles. Si plusieurs noms circulent, aucun n’a pour l’instant été tranché. Mission commando, donc, mais mission de courte durée.

Une fédération en éclats

Après la défaite contre le Japon, une réunion houleuse s’est tenue au sein d’un bureau fédéral déjà fracturé. Une ambiance globale que inkyfada avait déjà documenté en amont du Mondial. Plusieurs démissions étaient attendues. Mais Hussein Jenayah, dans une tentative de sauvetage, s’est employé à dissuader ses détracteurs en interne, cherchant avant tout à maintenir l’illusion d’une situation maîtrisée, et surtout, à conserver son influence. Le même Jenayah s’est retrouvé au cœur d’un clash d’une rare violence avec Khemaies Hamzaoui, les deux hommes se renvoyant leurs faveurs respectives à la figure : d’un côté, le rappel des manœuvres menées auprès des petits clubs pour assurer son élection, de l’autre, une fin de non-recevoir cinglante, en argumentant sur la légitimité des postes. 

Après la débâcle finale contre les Pays-Bas, alors que tout semblait enfin devoir bouger, une réunion s’est tenue entre le ministre de la Jeunesse et des Sports, Sadok Mourali, dont le temps serait désormais compté selon nos informations, et la présidence. Il est tenu en grande partie responsable du fiasco, notamment pour avoir donné son feu vert à la nomination de Sabri Lamouchi quelques mois plus tôt. Pendant ce temps, la rupture entre le sommet de l’État et la fédération est devenue totale : plus aucun contact ne subsisterait entre les deux parties.

À Carthage, l’exaspération est générale. Beaucoup estiment que la FTF a méthodiquement détruit le football tunisien depuis des mois, à coups d’ingérences, de lobbying et de mensonges répétés notamment à travers la liste, pendant que ses responsables, Nasri, Jenayah et Jaziri en tête, semblaient sincèrement convaincus que rien ne viendrait jamais les rattraper. Symbole ultime de la déliquescence ambiante, les joueurs ne sont même pas rentrés ensemble. La fédération avait prévu un retour groupé via Monterrey avant un vol collectif vers Tunis. Les joueurs ont refusé, préférant chacun rejoindre leur propre destination de vacances directement depuis les États-Unis, sans même attendre d’atterrir à Tunis.

Depuis, c’est le silence radio. La FTF, dont les membres sont élus et n’ont donc, techniquement, aucune obligation de démissionner, maintient le mutisme et ne semble pas franchement pressée de quitter le navire. La Fédération vient également de toucher près de 12 millions de dollars pour sa participation à la Coupe du monde 2026. En reversant cette somme aux clubs, Jenayah cherche aussi à calmer les esprits de ceux qui réclamaient la démission du bureau fédéral. Par ailleurs,  certains membres, comme Moez Nasri, sont même retournés aux Etats-Unis pour profiter du reste de la compétition grâce à leur accréditation. Business as usual, en somme.​​​​​​​​​​​​​​​​

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