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Asma et Nabil, 12.505 dinars par mois, “dépenser sans compter”


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21 Janvier 2024 |
Asma*, 66 ans et Nabil*, 58 ans, sont marié·es depuis bientôt 30 ans. Quand les deux se rencontrent, elle vient d’ouvrir sa pharmacie et il exerce en tant que menuisier. Des années plus tard, le couple a désormais trois enfants, dont deux sont encore à leur charge. Malgré des revenus élevés, Asma et Nabil admettent “dépenser tout ce qu’[ils] gagnent”. Plongée dans leur porte-monnaie.

Le quotidien d’Asma et Nabil est en grande partie rythmé par leurs déplacements pendulaires. Nabil conduit Asma à son lieu de travail, au centre-ville de Tunis avant de déposer Alia*, leur fille cadette, qui habite avec eux, à l’université où elle étudie, au nord de la capitale. 

Après la fin des cours, le père de famille va chercher Alia pour ensuite récupérer Asma. Ensemble, ils prennent la route de la maison, dans la banlieue sud de Tunis. La famille passe ainsi une grande partie de son temps en voiture, avec un quotidien rythmé par des allers-retours jusqu’à la fin de la journée, entre 17 et 18h.

“Le fait qu’on passe beaucoup de temps sur la route, ça nous laisse du temps pour parler et se raconter nos journées tous ensemble avant que chacun vaque à ses occupations”, rapporte Alia. 

Pendant la journée, Nabil s'occupe de diverses courses, qu’il s’agisse d’aller faire le marché, de s’occuper de formalités administratives ou des achats en lien avec les travaux de la maison familiale, qu’il réalise et supervise grâce à sa formation de menuisier. 

S’il peut se permettre tous ces déplacements, c’est parce qu’il ne travaillait que de façon très ponctuelle avant d’arrêter complètement il y a une dizaine d’années. 

"On s’est très rapidement mis d’accord sur le fait que j’étais celui qui allait s’occuper de la gestion du foyer et des enfants”, raconte Nabil. “Le système qu’on a mis en place était complètement adapté à nos besoins et nos moyens”, ajoute Asma.

Trente ans après avoir commencé à travailler et bien qu’elle ait atteint l’âge de la retraite, Asma continue donc à exercer à temps plein, faisant d’elle le principal gagne-pain de la famille, en tant que gérante de sa propre pharmacie. 

Entre sa retraite, son salaire, le loyer qu’elle se verse en tant que propriétaire de sa pharmacie et la rente de deux locaux dont Nabil a hérité il y a une quinzaine d’années, le couple gagne très bien sa vie. 

Voici un aperçu de leurs revenus et dépenses : 

Une grande partie de ce que gagnent Asma et Nabil est consacré à leur plus jeune fille, Hela*, qui fait ses études à l’étranger. Ils lui envoient presque tous les mois de l’argent par le biais de la Banque Centrale, et utilisent également les allocations touristiques de tous les membres de la famille pour changer des dinars en euros lors de voyages, principalement pour rendre visite à leur benjamine. Ils estiment avoir envoyé assez d’argent ces dernières années pour créer un “matelas d’euros confortable” en cas de problème. 

Le cursus de Alia, qui étudie à Tunis, leur coûte également une certaine somme, bien que cela ne soit pas comparable avec les frais engendrés par des études à l’étranger. Alia est en quatrième année dans une université privée, et ses frais de scolarité s’élèvent à 8050 dinars pour une année, soit 670 dinars par mois.

Asma réserve également une partie de ses revenus pour compléter le salaire de son fils aîné, Ali*, bien qu’il soit indépendant financièrement depuis plus d’un an. 

"Tout ce qu’on fait, et la manière dont on gère notre argent, on le fait pour nos enfants. Concernant les études par exemple, qu’elles soient à l’étranger, coûteuses ou non, ce qui compte, c’est leur épanouissement”, assurent les parents. 

Par ailleurs, le couple rembourse également des prêts. Nabil a notamment emprunté un peu plus de 10.000 dinars au début des années 2000 pour débuter le chantier de leur maison. 

Au quotidien, les courses représentent également une dépense conséquente, avec une alimentation en grande partie composée de produits importés, comme le fromage ou la charcuterie. “On ne se prive pas !”, s’amuse Asma. 
En effet, le couple se rend dans un hypermarché situé dans un centre commercial et au bout du compte, l’addition est salée. Le total mensuel revient à environ 1000 dinars en courses. “On se fait plaisir et on est conscient du privilège qu’on a”, concède Nabil. 

En plus des dépenses essentielles, Asma et Nabil s'octroient des moments de plaisir en consacrant du temps à leurs loisirs respectifs, chacun ayant son propre hobby.

Asma se rend régulièrement au cinéma et Nabil est féru de chasse. Il sort également avec ses amis le week-end. Ils sortent tous ensemble lorsque la famille est au complet, souvent en été, période où “il y a plus de sorties et de dépenses”. Ils louent ainsi à l’année, une maison de vacances en bord de mer, dans laquelle ils habitent pendant plusieurs mois pendant les beaux jours.

Voici le détail de leurs revenus et dépenses mensuelles :

Au cours de l’année dernière, Asma et Nabil ont cependant dû faire face à des dépenses imprévues. Suite à un accident mineur, le couple a dû faire remplacer le pare-choc de leur voiture, ce qui leur a coûté 600 dinars. Quelques semaines plus tard, leur maison a été cambriolée. Pour remplacer les tuyaux en cuivre qui ont été dérobés, Nabil et Asma ont à nouveau déboursé 600 dinars. 

“Malgré ces dépenses, on a pu rapidement rebondir financièrement. On ne dirait pas, mais on sait faire des économies sur certaines choses quand il le faut”, ironise Asma.

Zone grise

Par exemple, en 2023, c’est la première fois que Nabil n’a pas acheté un mouton pour lui et sa famille à l’occasion de l'Aïd. “Ça me fait bizarre, mais je sais que c’est aussi parce que je consacre de l’argent aux travaux de la maison, et que le prix des matières premières augmente”, raisonne le cinquantenaire. 

Si le couple “dépense sans compter”, ce n’est pas pour autant qu’il “ne remarque pas l’inflation. On surveille ça de très près, surtout si on ajoute à ça le cours du dinar qui augmente”, précise Asma. 

En 2020, le couple a dû anticiper une augmentation de leurs dépenses. En effet, à l’époque, leurs enfants étaient tous les trois étudiant·es à l’étranger. L’État tunisien donnant le droit d’envoyer à l’étranger 3000 dinars par mois et par enfant, Nabil et Asma doivent trouver le moyen d’envoyer 9000 dinars tous les mois. Pour cela, Asma contracte un prêt. 

“En pleine pandémie de Covid-19, même avec les rentrées d’argent que je faisais, ça aurait pu être compliqué. Heureusement grâce au crédit, nous avons pu gérer la situation, jusqu’à ce que cette charge diminue naturellement”, confie la mère de famille.

Futur

Asma et Nabil avouent ne “pas penser au lendemain”, car pour eux, “tout est sur les rails, même si on ne sait jamais”. Ils se préoccupent davantage de l’avenir de leurs enfants. Avec leurs différents biens immobiliers, et l’investissement financier prévu pour ces dernier·es, le couple se dit confiant. 

“On veut qu’ils réussissent leurs vies, selon leur standards. On leur a fourni les moyens, maintenant c’est à leur tour de voler de leurs propres ailes”

Le couple rêve tout de même de finir la construction de leur maison, avant de penser à “des voyages, oui, pourquoi pas”, évoque Asma, sourire aux lèvres.