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Khaled, 34 ans, chef de cabine, 8138 dinars


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13 Novembre 2022 |
Au cours des 13 dernières années, Khaled a voyagé vers 35 pays dans le cadre de son travail. Il loge dans les meilleurs hôtels et gagne suffisamment d'argent pour mener une vie confortable. Mais paradoxalement, ce luxe implique aussi une certaine instabilité.

Au lendemain de chaque vol, Khaled se lève tard. Il prend son petit-déjeuner, se rend à la salle de sport, puis se baigne dans la piscine de l'hôtel. Khaled est chef de cabine. Ses responsabilités : fournir le service et assurer la sécurité de l'ensemble de l'équipage et des passager·es. Durant l'année écoulée, il s’est rendu aux États-Unis, à Hong Kong, en Norvège, en Islande, en France, en Arabie Saoudite, au Brésil et en Afrique du Sud.

Après avoir obtenu son baccalauréat, Khaled a fait trois ans d'études de tourisme dans une université en Tunisie. Il a ensuite intégré une école spécialisée dans la formation d'hôtesses de l'air et de stewards. La formation était censée durer un an. Mais après huit mois, la compagnie aérienne pour laquelle il travaille aujourd'hui s'est rendue dans son école pour recruter de nouveaux membres d'équipage de cabine . "J'ai postulé auprès de cette compagnie et ils m'ont accepté. Je leur ai plu", raconte-t-il. 

A 21 ans, Khaled commence à parcourir le monde et à gagner sa vie. Au début, il touchait 1200 dollars, soit environ 1600 dinars à l'époque. Deux ans plus tard, il obtient sa première augmentation, ce qui lui permet de gagner 1800 dollars (2500 dinars). De telles augmentations ne sont pas systématiques, selon Khaled.

"Si tu travailles dur, ils te récompensent. Si tu ne travailles pas, ils ne le font pas", explique-t-il.

Voici un aperçu de ses entrées et sorties d’argent mensuelles :

Khaled a travaillé dur et a bien gagné sa vie pendant plusieurs années, ce qui lui a permis d’économiser une partie importante de son salaire. Il avait un appartement en Arabie Saoudite dont les frais étaient pris en charge par son employeur. Mais, en mars 2020, avec l’émergence du Covid-19, le rythme de vie a ralenti dans le monde entier. Un des premiers secteurs à s’être presque totalement arrêté est celui de l’aviation et, avec lui, l’emploi de Khaled.

“Je suis revenu en Tunisie pour des vacances d’une semaine et je me suis retrouvé bloqué pendant deux ans”, raconte-t-il.  

"Pendant les six premiers mois, j'étais heureux. Je dormais, je me détendais, je nageais, je pêchais, je faisais la fête, je buvais", raconte-t-il. "Puis j'ai commencé à m'ennuyer". Khaled a trouvé un emploi dans un centre d'appels. Il y a travaillé pendant quatre mois, mais ça ne lui convenait pas, et il a fini par démissionner. "Je voulais simplement faire quelque chose. Je ne peux pas rester à la maison et ne rien faire", dit-il. Khaled cherchait avant tout à s’occuper. En effet, au fil des ans, il a économisé suffisamment d’argent pour se permettre de ne pas travailler pendant quelques temps.  

En novembre 2021, il est finalement appelé à reprendre le travail. Il obtient également une augmentation : 145 dollars par jour, soit environ 463 dinars. Un salaire très élevé, mais assorti de quelques incertitudes. Selon le nouvel accord, Khaled n'est payé que lorsqu'il travaille, et sa compagnie détermine ses horaires. Au cours des 12 derniers mois, il a travaillé sept mois, de novembre à février et de mai à juillet. Son rythme se divise ainsi :il voyage tous les deux jours, avec un jour de repos obligatoire entre les vols. Les jours de repos sont également payés. Pour chacun de ces sept mois, Khaled a gagné environ 4350 dollars (environ 13890 dinars tunisiens).

Voici le détail de ses entrées et sorties d’argent mensuelles :

Lorsqu’il travaille, sa compagnie prend en charge son transport de l’aéroport à l’hôtel, sa chambre et son petit-déjeuner. “Tous les hôtels sont des cinq étoiles”, précise Khaled. Ses employeurs lui fournissent également de la nourriture et des boissons. En d’autres termes, Khaled ne paie, pendant cette période, que son déjeuner, son dîner, ses factures téléphoniques et si jamais il fait du shopping ou des courses en général. Le jeune homme explique qu’il dépense environ 1604 dinars en nourriture parce qu’il mange au restaurant ou à l’hôtel où il loge. Il achète régulièrement des cartes SIM pour accéder à Internet dans les pays où il voyage, ce qui lui coûte environ 80 dinars.

Khaled aime faire du shopping de temps à autre. Tous les trois mois, il achète de nouveaux vêtements pour environ 965 dinars. Il s'achète un nouveau parfum pour environ 320 dinars trois ou quatre fois par an. Il paie également son assurance maladie qui coûte 300 dinars tous les trois mois et va chez le médecin trois à quatre fois par an pour un total d'environ 175 dinars.  

Les mois pendant lesquels Khaled est en congé - et n’est donc pas payé - il reste généralement en Tunisie. “Quand je suis en congé, je peux voyager gratuitement où je veux. Mais je rentre toujours en Tunisie,” raconte-t-il. “Je suis très attaché à ma famille, et elle me manque beaucoup.” L’année dernière, le jeune homme a passé cinq mois en Tunisie, dans un appartement qui appartient à ses parents. Ses parents se chargent de toutes les factures, et comme ils en sont propriétaires, il ne paye pas de loyer.  

En Tunisie, Khaled sort tous les jours avec ses amis. "Pour être honnête, je dépense beaucoup d'argent, beaucoup trop", affirme-t-il. Il prend le petit-déjeuner et le déjeuner avec sa famille la plupart du temps, et sort le soir pour manger et boire. Il dépense environ 500 dinars par mois en nourriture, et 2000 dinars pour l'alcool. "En été, cette somme augmente", dit Khaled, notant qu'en août de cette année, par exemple, il a dépensé environ 3500 dinars en nourriture et en alcool.  

Parfois, Khaled part en vacances. Il loge alors chez des membres de sa famille, sa sœur à Stuttgart ou son frère à Paris, ou bien il prend des chambres d'hôtel. Selon ses estimations, l'année dernière, il a dépensé environ 4825 dinars pour l'hébergement, et 2895 dinars pour le transport - billets d'avion, de bus et de train - pendant ses vacances.  

En ce moment, Khaled rénove également deux appartements dans la villa de ses parents. Depuis qu'il a commencé ce projet en août 2021, il a utilisé près de 120 000 dinars de ses économies pour ces travaux. 

Zone grise 

Depuis le mois d'août de cette année, Khaled est en arrêt de travail. "Je ne suis pas le seul, toute la compagnie est en arrêt pour le moment. Les vols sont suspendus", explique-t-il. Cette situation est due au fait que la compagnie qui l'emploie loue des avions, ainsi que le personnel navigant, à d'autres compagnies aériennes quand celles-ci effectuent plus de vols que d'habitude. C'est le cas par exemple pendant le Hadj, où de nombreuses personnes se rendent à La Mecque en pèlerinage. Mais il semble qu'à l'heure actuelle, les services fournis par Khaled et ses employeur·ses ne soient pas requis par d'autres compagnies aériennes.

Le fait qu'il ne puisse pas travailler pour le moment inquiète Khaled quant à sa situation financière. S'il a encore des économies sur son compte bancaire, il doit aussi payer des rénovations coûteuses.

"J'ai mis tout mon argent dans les appartements que je suis en train de construire. Si je ne reprends pas mon travail, je ne pourrai pas les terminer", explique Khaled.  

Début novembre, Khaled a reçu un e-mail de son employeur lui annonçant qu'il pourrait reprendre le travail à la fin du mois. Cependant, selon lui, rien ne garantit que lui et ses collègues pourront effectivement reprendre leurs activités à la fin du mois ou s'ils devront attendre plus longtemps. 

Futur 

Khaled aime son métier et se réjouit de pouvoir voyager et découvrir de nombreux pays grâce à son travail. Jusqu'à présent, il a visité environ 35 pays. Il aime particulièrement se rendre à Singapour et en Indonésie, parce qu'il y aime les gens et la nourriture. 

Cependant, Khaled ne souhaite pas faire ce travail pour toujours. "Si je veux avoir une famille, me marier, je ne pourrai pas continuer dans ce travail", dit-il.

"Nous sommes toujours en train de nous déplacer d'un endroit à l'autre, d'un pays à l'autre, il n'y a aucune stabilité".

Il entend poursuivre son activité pendant encore cinq ans au maximum. Après cela, il veut ouvrir sa propre entreprise, un petit restaurant ou un café par exemple.

Pour l'instant, cependant, son unique souhait est de reprendre le travail le plus rapidement possible et de rester en bonne santé. Malgré l’instabilité, il aspire à découvrir de nouvelles destinations. "Je veux aller en Amérique du Sud, Cuba et la Jamaïque par exemple", rêve Khaled.