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Siwar, 25 ans, propriétaire d’un salon de beauté, 2900 dinars par mois


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10 Avril 2022 |
Passionnée de stylisme ongulaire depuis l’adolescence, Siwar a réalisé son rêve en ouvrant son propre salon il y a quelques mois. Malgré les difficultés d’une telle décision, la jeune femme se sent aujourd’hui épanouie et ne regrette pas son choix.

Les clientes s'enchaînent dans son salon et Siwar garde la même méticulosité, la même rigueur. Elle en conseille une sur la couleur de son prochain vernis tout en limant les ongles de la cliente en face d’elle. 

Voici un aperçu de ses sorties et entrées d’argent mensuelles :  

Tout a commencé lorsque la grande sœur de Siwar, de deux ans son aînée, se passionne pour le stylisme ongulaire. Vernis, paillettes, motifs, machines, elle se dote de tout le matériel nécessaire et lance son petit business. Après les cours et pendant les vacances scolaires, ses copines défilent à la maison pour se faire faire les ongles moyennant rétribution. Siwar, alors adolescente, observe tout ce petit monde avec admiration. 

Sa grande sœur lui propose d’y participer et la forme. Siwar apprend aussi à se faire les ongles seule avec des motifs toujours plus originaux les uns que les autres. “Mes amies me disaient que mes ongles étaient beaux et me demandaient comment je faisais ça. Petit à petit, certaines rentraient avec moi à la maison pour que je leur fasse leurs ongles” raconte cette dernière.   

Les clientes affluent donc vers la maison familiale et repartent avec le sourire. Les deux sœurs développent leur passion tout en continuant leur vie à côté : Siwar est au lycée et sa grande sœur travaille comme vendeuse dans une boutique de maquillage.

Après avoir passé un bac économie et gestion, Siwar fait une année blanche. Lorsqu’elle reprend les études, elle obtient l’équivalent d’un BTS en marketing. À ce moment-là, loin d’elle l’idée de faire du stylisme ongulaire son métier. “Je n’avais pas du tout ça en tête, je voulais rester dans le marketing ou dans la publicité et j’ai aussi eu envie de devenir architecte à un moment. Je changeais tout le temps d’avis, et l'onglerie, pour moi, ça allait rester une passion à la maison” explique-t-elle.   

“Je me suis jamais dit que j’allais ouvrir un salon d’onglerie et que j’allais être prothésiste ongulaire”, s’étonne cette dernière. 

Siwar décide tout de même de répondre à une annonce de prothésiste ongulaire postée par un centre commercial à Tunis. Elle est prise et y travaille huit mois. “Je voulais acquérir une expérience professionnelle et je ne voulais pas rester à la maison” explique-t-elle. “J’aimais beaucoup l’idée, c’était un stand d’onglerie et les gens pouvaient passer sans rendez-vous. Pour les mamans qui n’avaient pas le temps, elles pouvaient faire leurs ongles entre deux courses” .

De fil en aiguille, Siwar se dit que sa passion pourrait peut-être devenir son métier, “j’ai vu qu’il y avait de l’avenir et que c’était un domaine en pleine extension”. Voyant plus grand, cette dernière postule alors pour un grand salon de beauté situé en banlieue de Tunis, “je me suis dit que c’était beaucoup plus connu et que ça allait être une expérience plus intéressante pour moi. J’y ai travaillé 6 mois".

Pleine d’ambitions, désormais, Siwar n’a qu’une seule idée en tête : ouvrir son propre salon d’onglerie et d’esthétique. Pour mener à bien ce projet, elle décide de suivre une formation d’esthéticienne pendant quatre mois. Elle en ressort diplômée et ne perd pas son objectif de vue. Pendant des mois, elle cherche le bon local, se fournit en produits, en meubles. 

 “J’ai senti que j’avais les moyens de lancer ma propre affaire. À chaque fois que je travaillais je mettais de l’argent de côté”.  

En septembre 2021, le projet de Siwar se concrétise, elle ouvre enfin son propre salon après trois mois de prospection.  “Je voulais être indépendante et que le travail soit en mon nom, qu’on se rappelle de moi et de mon enseigne. Si tu travailles pour les autres, tu n’arriveras à rien”.

Même après l’ouverture, Siwar continue à ajouter des éléments pour son salon. Elle achète ainsi une cloison à 1000 dinars pour séparer le coin esthétique et le coin onglerie. En tout, son projet lui a coûté 11.000 dinars, soit une grande partie de ses économies.

Voici le détail de ses dépenses et revenus mensuel·les :  

Siwar distingue deux dépenses : celles liées aux charges de son salon et celles qu’elle dédie à sa vie quotidienne. En moyenne, la jeune femme se verse 900 dinars de salaire pour ses dépenses personnelles tandis que les dépenses pour le salon s’élèvent à 1182 dinars - entre le loyer, les charges et les produits. Le reste lui sert d’épargne en cas de dépenses supplémentaires, que ce soit pour elle ou pour son son enseigne.

Siwar vit avec sa mère, une de ses sœurs et son frère. Cette dernière n’a pas pour projet de quitter la maison familiale, “je partirai lorsque je serai mariée”. Comme ses deux sœurs en âge de travailler, Siwar verse 300 dinars chaque mois à sa mère pour l’aider. Cette dernière est sans emploi et son mari est décédé. Cet argent sert aux courses et au reste des dépenses familiales.

Le reste de son argent se répartit entre le transport et les plaisirs personnels de Siwar :cigarettes, vêtements et quelques ses sorties  Pour se détendre, Siwar se rend au restaurant  “au moins une fois par semaine” avec ses ami·es.       

Zone grise

Les trois premiers mois qui ont suivi l’ouverture de son salon ont été très difficiles pour Siwar, “je ne me versais pas de salaire, j’ai touché mon premier salaire en décembre” déplore cette dernière. L’argent qu’elle gagnait servait seulement à couvrir les dépenses du salon. Personne ne la connaissait dans le quartier et sa clientèle était seulement composée d’amies et d’anciennes clientes.

Et Siwar a mis un point d’honneur à se débrouiller seule, elle n’a pas voulu contracter de prêt auprès d’une banque : “les taux d’intérêts étaient beaucoup trop élevés”. 

  Futur  

A l’avenir, la jeune femme aimerait s’acheter une voiture afin de ne plus être dépendante des transports en commun.

Elle rêve également de faire grandir son projet en ouvrant un salon en Mauritanie, “je stabilise celui à Tunis, j’y mets quelqu’un de confiance et je pars là-bas. Ma sœur y va souvent, elle m’a dit qu’il y avait un marché à saisir", se projette-t-elle.