Rabiaa Nejlaoui : Députée (ex-Al Arida) Nidaa Tounes, qui ne se représente pas

" J'ai appris énormément de choses, j'ai grandi."
Par | 15 Octobre 2014 | 5 minutes
La jeune députée de 26 ans, n’avait que 23 ans quand elle a été élue, ce qui faisait d’elle la plus jeune candidate et la plus jeune élue de l’ANC. Elle était, à l’époque, étudiante en Master d’anglais. Originaire de Kasserine elle a vécu les affrontements entre la population et les forces de l’ordre aux premières loges.

Pourquoi vous êtes-vous présentée en octobre 2011 ?

Je viens de hey Zouhour, le quartier des martyrs à Kasserine. Avant la révolution je n’étais pas intéressée par la politique. J’étais étudiante, je ne militais dans aucun parti. Mais en 2011 j’étais au coeur des protestations et des affrontements. Et je n’ai vu que des jeunes et leur courage. Des jeunes qui n’avaient pas peur de sortir et de se défendre. J’ai assisté à des scènes et des actes que je n’oublierai jamais. Il n’y avait pas d’adultes dans ces affrontements.

Hechmi Hamdi m’a proposée de me présenter sur la liste de son parti à Kasserine. J’étais la plus jeune et ils m’ont proposée d’être tête de liste. J’étais allée à l’ISIE un peu avant pour voir comment ça se passait. J’ai eu l’impression qu’il n’y avait beaucoup d’hommes d’un certain âge qui se portaient candidats. J’ai remarqué l’absence de jeunes et de femmes, or ce sont les personnes que j’ai vue actives durant les protestations.

Du coup lorsque l’on m’a proposée de me présenter j’ai dit oui. Je n’avais pas cette intention à la base. Mais finalement je me suis dit que je pouvais aller à l’encontre du mouvement qui faisait que seulement des hommes d’un certain âge se présentaient.

Quelle a été votre expérience de ces trois années écoulées ?

On m’a dit que j’étais jeune et que je ne pouvais rien changer. J’avais 23 ans quand je suis entrée à l’ANC. C’était une expérience incroyable. J’ai appris énormément de choses, j’ai grandi. Il y a eu une évolution : je suis entrée en étant apolitique mais j’ai eu une vision nouvelle. J’ai changé. Il y avait ceux qui disaient s’y connaitre en politique. Moi je ne m’y connaissais pas, mais je savais ce que les jeunes attendaient et se dont ils avaient besoin, je savais à quel futur ils rêvaient. Je n’étais pas politisée mais, je rêvais à un monde meilleur. Je voulais participer à faire une Tunisie pour les jeunes.

La Tunisie est un petit pays. Mais l’histoire est grande. Il était important de voir les exemples des autres pays et de se référer à l’Histoire. Mais il y avait besoin d’une « mise à jour »!

Il est vrai qu’il y a eu beaucoup de frictions entre les députés. Mais nous avions un grand respect les uns pour les autres et je me suis sentie à l’aise de travailler comme je voulais.

Pourquoi ne vous présentez-vous pas en octobre 2014?

En octobre 2014 je ne me représente pas aux législatives. Il y a plusieurs raisons à ça. Mais avant tout je pense que pour le moment je peux être utile ailleurs. Maintenant je travaille sur la campagne présidentielle de Béji Caid Essebsi. Ce qui m’a plu c’est la capacité à écouter mon expérience de jeune, même si je suis arrivée dans le domaine sans expérience. Pour le moment je veux me concentrer sur l’action politique depuis un parti.

Quand je pense à ce qui m’a poussée à me présenter la première fois : l’absence de jeunes et de femmes comme candidats, je me dis que nous avons fait du chemin. J’aurais eu envie de me représenter mais cette fois-ci les jeunes sont présents sur les listes, ce qui est un bon point. Certes je ne suis pas satisfaite de la situation, mais je pense que les choses avancent.