Majed Haj Ali : Candidat tête de liste Al Joumhouri

“Il n'y a quasiment pas eu de discours politique constructif durant ces trois dernières années.”
Par | 15 Octobre 2014 | 5 minutes
Avocat, membre du bureau politique de Joumhouri et tête de liste sur la circonscription Mahdia.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas présenté en octobre 2011 ?

En 2011 j’ai voté comme tout le monde, je n’ai pas crû bon de me présenter. Il y avait une telle ferveur pour les élections ! Je sentais venir l’éparpillement des voix et j’étais contre ce phénomène que je trouvais improductif et qui aurait des conséquences fâcheuses. Malheureusement aujourd’hui on le paie.

Je n’étais pas dans l’action politique avant. Je suis arrivé en politique comme beaucoup de monde en 2011. Je me suis retrouvé à adhérer à Joumhouri naturellement. L’idée de travailler en communauté me plaisait. Sur de nombreux points j’ai des différends avec d’autres membres du parti mais sur l’essentiel on se rejoint. Et ça ne pose pas de problème que j’aie mes propres idées sur certains sujets.

Quelle est votre impression quant aux trois années écoulées ?

Certes nous pouvons dire que finalement nous avons une Constitution. Beaucoup de gens pensent que ce résultat est positif, que nous avons réussi à avoir un consensus large sur ce texte. Moi je pense qu’on aurait pu faire mieux, dans un délai plus raisonnable et dans de meilleures conditions.

Nous avons assisté à 3 ans de clivage et c’est via le clivage que nous sommes arrivés au consensus. Ce qui signifie que beaucoup de nos politiques ne sont pas matures et ne peuvent arriver au consensus sans cliver. Nous avons eu, sur de nombreux textes, des affrontements inutiles. L’aboutissement de tout cela a été le long sit-in de Bardo. Il y a également trois personnes tuées, dont un leader politique et un député. Ceci laisse des traces. Pour que ceci se tasse il faut du temps. La transition ne fait que commencer.

Pourquoi vous présentez-vous en octobre 2014 ?

J’ai décidé de me présenter aux élections mais je le fais à reculons à vrai dire. Cela peut paraître stéréotype mais il faut dire qu’une campagne électorale c’est dur. Être loin de ma famille est quelque chose de difficile et je me pose la question de savoir si ça vaut le coup. Mais j’ai le sentiment de le faire pour mes enfants quelque part. Nous avons passé 3 ans à écouter des bêtises… J’ai de nombreux amis compétents qui mériteraient de représenter les Tunisiens mais qui disent « je ne vais pas le faire. » Mais si personne ne le fait on ne peut pas ensuite critiquer une Assemblée avec un niveau aussi faible, comme on a pu le voir lors de cette législature. Il y a de nombreux moments qui ont fait rire, ce que je trouve triste…

Avoir un niveau de représentativité élevé, porteur d’idées et de valeurs avec la conscience de l’intérêt du pays et du peuple permettrait d’avoir un climat politique stable. C’est ce que demandent d’abord les citoyens tunisiens mais aussi les investisseurs étrangers. Il n’y a quasiment pas eu de discours politique constructif durant ces trois dernières années. C’est dramatique.

Il y a des défis importants. Il faut travailler à la réforme du système sécuritaire. Il y a aussi la situation des petits travailleurs indépendants comme les pêcheurs, les artisans, les agriculteurs… qui sont des acteurs principaux de notre économie mais qui ont des couvertures sociales catastrophiques. Le chômage est toujours galopant. Il suffirait, entre autre, de remettre sur pied l’éducation, surtout dans le système secondaire. Quand on regarde bien on voit qu’il y a une inadéquation entre le marché du travail et la formation… Moi finalement je suis dans le pragmatisme, parce que je pense que c’est cela qui fonctionne.