Anissa, 36 ans, médecin urgentiste, 5900 euros par mois, entre urgences et vie de famille

Installée dans les Hauts-de-Seine depuis quelques années, Anissa*, 36 ans, jongle entre son métier de médecin urgentiste et sa vie de famille. Entre les gardes de nuit aux urgences et les moments avec ses deux enfants, la jeune femme a trouvé un rythme qui lui permet d'allier engagement professionnel et quotidien familial.
Par | 25 Janvier 2026
10 minutes
Comme chaque mardi soir, Anissa arrive à l’hôpital pour commencer sa garde de nuit aux urgences. À 18h15, elle prend le relais de l’équipe de jour et s’apprête à affronter plusieurs heures intenses auprès de patient·es qui ont besoin d’elle. Médecin urgentiste, elle est aujourd'hui praticienne hospitalière titulaire et navigue entre les urgences de la banlieue parisienne, le SMUR (structures mobiles d'urgence et de réanimation) et son appartement, où elle vit avec son mari et leurs deux enfants. Entre les dossiers des patient·es, les urgences imprévues en pleine nuit et les soins à son bébé d'un an, ses journées sont bien chargées, mais Anissa affirme qu'elle ne se verrait pas exercer un autre métier

Née et formée en Tunisie, elle a suivi le cursus classique de médecine à la faculté de médecine de Tunis. En 2016, elle soutient sa thèse en médecine générale, la même année où elle passe l'examen de vérification des connaissances en France. Portée par l'envie de poursuivre sa carrière dans un environnement hospitalier différent, elle décide de s'installer durablement en France. Les débuts sont exigeants : entre les démarches administratives, les équivalences et l'adaptation à un nouveau système de soins, Anissa doit rapidement trouver sa place.

En 2017, elle débute comme praticienne attachée, valide son parcours d’équivalence en médecine générale et en parallèle se spécialise en médecine d'urgence, un choix aussi exigeant que déterminant. Son parcours se stabilise ensuite avec son inscription au Conseil de l'Ordre des médecins, qui lui permet l'obtention du statut de praticienne hospitalière contractuelle. Elle franchit en 2023 une étape décisive en décrochant le concours qui lui permet d'accéder au statut de titulaire : praticienne hospitalière en médecine d’urgence.

Sur le plan personnel, ces dernières années ont aussi apporté de nouvelles responsabilités pour Anissa au sein du foyer. Son mari s'est récemment lancé dans un projet professionnel en indépendant, une transition encore fragile sur le plan financier. Pour le moment, Anissa continue donc de prendre en charge la majeure partie des dépenses familiales, tout en jonglant avec son travail exigeant aux urgences et les besoins de leurs deux enfants.

Avant même de penser à son rythme épuisant aux urgences, Anissa et son mari ont fait le choix de la stabilité en contractant, dès 2020, un crédit immobilier pour l'achat de leur appartement en banlieue parisienne. Ce logement structure aujourd'hui leur quotidien et leur organisation familiale autour des besoins de leurs deux enfants. Le remboursement mensuel absorbe une part importante du salaire d'Anissa, mais elle y voit avant tout un investissement essentiel, un cadre sécurisant et durable pour offrir à sa famille un environnement stable et confortable.

"C’était pour nous une suite logique des choses, notre nouvelle vie en France, notre avenir ici et celui de nos enfants", 

raconte-t-elle.

Les frais liés aux enfants sont nombreux et constants. La crèche de sa fille représente un budget significatif, complété par les frais d'école et des activités périscolaires pour son fils de cinq ans. Et puis, il y a l'alimentation et les produits pour bébé : couches, lait, soins spécifiques... "On doit prévoir un peu plus chaque mois pour le bébé, même si on essaye de rester raisonnables", confie Anissa.

Le quotidien implique de nombreux arbitrages. Les repas doivent être à la fois rapides et équilibrés, surtout les jours où Anissa rentre épuisée de sa garde, mais elle tient aussi à prévoir un petit plaisir pour les enfants, un dessert ou un goûter un peu spécial. L'habillement des enfants occupe aussi une place importante : les vêtements s'usent vite, les tailles changent chaque saison, et Anissa prend soin de choisir des pièces pratiques pour l'école et les sorties. Elle prévoit également quelques vêtements pour elle-même, adaptés à son rythme intense et aux contraintes de son métier.

Se déplacer fait également partie du quotidien. La voiture est indispensable pour transporter les enfants et gérer les multiples trajets. Entre l'école, la crèche, les courses et le travail, Anissa jongle avec les trajets, le stationnement et l'entretien du véhicule, tout en coordonnant ses horaires avec ceux de son mari.

Voici un aperçu de ses sorties et entrées d’argent mensuelles :

Malgré ce budget très absorbé par le logement et la vie quotidienne, Anissa et son mari tiennent à préserver des moments de détente et de lien familial. Les sorties en famille sont l'occasion de voir un film avec leur fils, d'aller au parc ou au manège, ou simplement de partager un déjeuner hors de la maison. Les sorties à deux, permettent au couple de maintenir leur complicité et de souffler entre deux périodes de travail intense.

Les voyages en Tunisie ont aussi une place particulière. Chaque année, le couple organise au moins deux séjours : l’un en hiver et l’autre pendant les vacances estivales. Ces voyages sont essentiels pour voir les parents et beaux-parents, mais aussi pour que leurs enfants gardent un lien avec leurs racines et leur famille élargie.

Pour nous, c'est important que nos enfants connaissent leur pays et leur famille. Ces voyages, même s'ils sont coûteux, sont un investissement émotionnel",

explique Anissa.

En parallèle, les séjours en France permettent à la famille de se ressourcer et de profiter de moments simples ensemble, loin de l'urgence du quotidien parisien. Ces parenthèses sont autant de moments où Anissa peut concilier ses besoins familiaux et personnels, tout en restant ancrée dans son métier exigeant.

À noter qu’une partie du revenu d'Anissa dépend directement des gardes qu'elle assure, notamment la nuit, les week-ends et les jours fériés, qui donnent lieu à des primes. En fonction du nombre de gardes effectuées chaque mois, son salaire peut ainsi varier à la hausse ou à la baisse.

Voici le détail de ses rentrées et sorties d’argent mensuelles :

Zone grise

Les gardes de nuit, les patients difficiles, la charge émotionnelle et la fatigue accumulée pèsent sur Anissa, même si elle adore son travail. Le fait d'avoir deux jeunes enfants impose un rythme serré et une organisation minutieuse : chaque journée doit être planifiée pour combiner les soins aux patients et la présence auprès de ses enfants. Entre les réveils nocturnes de la petite, les rendez-vous médicaux et les urgences imprévisibles, Anissa jongle constamment avec ses priorités. 

C'est difficile parfois. On aimerait être plus disponible pour les enfants, mais le travail ne nous laisse pas toujours le choix. Il faut accepter que certaines journées sont épuisantes, et les compenser par des moments de qualité en famille

confie-t-elle.

À cette fatigue s'ajoute un sentiment plus diffus, mais durable, lié à son parcours hospitalier.

Alors qu'elle exerçait comme praticienne attachée, Anissa a progressivement découvert que, au-delà d'un salaire déjà inférieur, les gardes elles-mêmes étaient moins bien rémunérées que celles de ses collègues, à responsabilités et expérience équivalentes. Elle a également vu des internes qu'elle formait accéder à des statuts plus avantageux, tandis qu'elle restait freinée par sa situation administrative et la reconnaissance limitée de son diplôme étranger. "Ça m'a blessé ", reconnaît-elle, évoquant un système qui peine parfois à reconnaître les parcours des médecins venus d'ailleurs.

Pour autant, Anissa refuse de réduire ces années à une simple frustration. Elle souligne avoir évolué rapidement, gagné en responsabilités et en reconnaissance entre ses débuts et son inscription à l'Ordre. Un chemin exigeant, parfois injuste, mais qu'elle considère aujourd'hui comme une étape décisive de sa trajectoire professionnelle.

Futur

Pour Anissa, être médecin urgentiste reste au cœur de son identité professionnelle, malgré la fatigue et la rudesse du quotidien. "C'est un métier dur, mais c'est aussi un métier qui a du sens. Je ne me vois pas faire autre chose", confie-t-elle.

Son principal enjeu est de tenir dans la durée. Avec deux enfants en bas âge, elle cherche à préserver un équilibre fragile entre son engagement professionnel et sa vie familiale. Avec son mari, le couple mise sur la stabilité : celle d'un quotidien organisé autour de l'éducation de leurs enfants et les moments partagés en famille. Les vacances en France ou en Tunisie, sont pensées comme des parenthèses pour se retrouver et respirer.

Anissa avance sans grands discours sur l'avenir. Elle sait que le système hospitalier en France est sous tension et que les urgences restent un environnement difficile, mais elle choisit de persévérer. "Tant que je peux faire mon métier correctement et rentrer chez moi sans m'être complètement oubliée, ça me va", résume-t-elle.

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