Une vie de chien

Face aux chiens errants, certaines municipalités ont recours à l’abattage. Kaïs Ben Farhat a lui choisi son appareil photo pour capturer ces animaux, parfois vecteurs de maladies, souvent sources de peur, malgré eux.
Par | 15 Juillet 2022 | reading-duration 10 minutes

Disponible en arabe

Lorsque les derniers rayons du soleil abandonnent les rues du Belvédère, le parc est repris par ses gardiens, les chiens. Dès lors, passer dans la pénombre implique de s’exposer au regard de ces bêtes, tantôt teinté de curiosité, tantôt d’agressivité. Parfois, ils ne se contentent pas d’une simple observation. “Ça m’est déjà arrivé de me faire courser par eux lorsque je courais dans le parc”, témoigne une riveraine. 

Dans d’autres lieux, ils n’attendent pas la nuit tombée pour s’approprier les espaces publics et rôdent en journée, seuls ou parfois en meute. La relation entre humains et animaux oscille entre la peur et la solidarité. Certain·es les évitent, voire les fuient quand d’autres les nourrissent ou les recueillent. 

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Sur la plage de Salammbô, de nombreux chiens errants ont élu domicile. Les habitant·es du quartier et ceux et celles qui viennent profiter de la mer partagent cet espace avec eux. Les rapports sont mitigés, certain·es les nourrissent mais d’autres les fuient lorsque les animaux se montrent agressifs. Banlieue de Tunis, 2021.

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Dans un café du quartier de la Manouba, un chien se tient à proximité d’un barbéch (chiffonnier), prenant une pause au café. La Manouba, 2022.  

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C’est le cas par exemple de l’association protection des animaux de Tunisie (PAT). “On les soigne, on les vaccine, on les stérilise”, explique Sarra Zaoui, membre de l’association basée à Raoued. En tant que bénévole, elle a observé une augmentation du nombre de chiens errants à Tunis et dans ses environs. 

Si ce phénomène des chiens errants est difficilement quantifiable, il pose des problèmes de santé publique. “En Tunisie, quatre décès par an en moyenne ont été répertoriés durant ces six dernières années” à cause de la rage, explique le site de la Commission nationale de lutte contre ce virus. “Dans la majorité des cas chez l’homme, le virus est transmis par les chiens”, détaille la même source. Pour faire face à ce problème, de nombreuses municipalités ont recours à une solution radicale, l’abattage de ces animaux.

La PAT milite pour d’autres solutions. “Ils mobilisent des gens pour tuer les chiens, on leur explique que ce budget-là il faut le mobiliser pour des stérilisations”, martelle Sarra Zaoui. 

Plusieurs municipalités ont déjà fait le choix d’une nouvelle approche, comme en témoigne l’ouverture de centres de stérilisation et de vaccination des chiens errants à Tunis, à l’Ariana et à la Marsa - mais cela reste principalement cantonné aux environs de la capitale.

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Face à la mer et à la montagne du Boukornine, deux chiens jouent. Banlieue de Tunis, 2021.

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Sur la plage du Kram, deux personnes viennent profiter de la mer, accompagnées des chiens du quartier. Banlieue de Tunis, 2021.  

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Dans l’obscurité de la nuit, une meute se nourrit des ordures abandonnées dans la rue. La Manouba, 2019.

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En parallèle, le ministère de l’Agriculture propose des campagnes de vaccination. Elles sont “annuelles, généralisées et gratuites”. En dehors de ces périodes de vaccination, plus de 300 centres vétérinaires répartis sur l’ensemble du territoire permettent de vacciner gratuitement les animaux contre la rage. Le tout afin de lutter massivement contre la propagation du virus.

Mais tou·tes les citoyen·nes ne tiennent pas à ce que ces animaux soient pris en charge. Certain·es “ont juste une phobie des chiens” et “font pression sur les municipalités afin qu’elles privilégient l’abattage", estime Sarra Zaoui, qui a participé à plusieurs réunions municipales. Selon la bénévole, ces personnes ne se rendent pas compte que les effets d’un programme de stérilisation et de vaccination ne peuvent être visibles qu’après plusieurs années. “Il aurait fallu le mettre en place plus tôt”, admet-elle.

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Sur la route de Raf Raf, un berger traverse un terrain vague. Il profite de l’agressivité des chiens vis-à-vis du photographe pour se faufiler sur un tuyau de canalisation. Gouvernorat de l’Ariana, 2021. 

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Un chien stationne docilement dans un ancien bidonville, à proximité de la ville de Zriba, au pied du mont Zaghouan. Zaghouan, 2016.  

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Manouba, cité Sprols. Karim s’occupe de chiens du quartier qu’il a rassemblé dans une usine à cuir abandonnée. Faute de soin, les chiens errants meurent souvent de maladie. Il souhaiterait que la municipalité puisse s’en occuper. 2022

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Le cadavre d’un chien gît au bord de la route. Il aurait été percuté par une voiture, d’après les observations du photographe. Gouvernorat de l’Ariana, 2021.

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Une jeune fille prend une photo d’un chien avec son téléphone portable dans le parc du Belvédère. Là-bas les chiens sont nombreux et prennent pleine possession des lieux à la nuit tombée. Plusieurs habitant·es du quartier attestent avoir été attaqué·es, mais le photographe déplore avoir vu des humains jeter des pierres sur les animaux. Tunis, 2021

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À Sidi Thabet, au nord de Tunis, l’association de protection des animaux (PAT) recueille les chiens errants. Ils sont placés dans des chenils pour être soignés, vaccinés et stérilisés. Gouvernorat de l’Ariana, 2022.

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Un homme nourrit un chien dans le parc du Belvédère. Tunis, 2021.

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Pendant le confinement général décrété au début de la pandémie de COVID-19, les chiens errants ont pu profiter pleinement des espaces urbains. Ici, à la Manouba, ce chien a été nourri par les riverains. La Manouba, 2020.  

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Le chien s’est lié d'amitié avec le barbéch. Il le suit régulièrement dans sa tournée de ramassage des déchets. La Manouba, 2022.  

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