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Fichage S17 : Un monstre échappe à son créateur

Le mercredi 5 septembre 2018, Mohamed Dhia Arab s’asperge d’essence, sort un briquet et s’immole silencieusement devant le commissariat de Menzel Bouzelfa, sous le regard des policier·es. Pour les proches du jeune homme, cela ne fait aucun doute : Mohamed Dhia s’est suicidé car il était fiché S17, lui donnant le sentiment de vivre dans une prison à ciel ouvert. Interdiction de quitter le territoire, surveillance permanente par les forces de l’ordre... Comme lui, ils et elles sont des milliers à être fiché·es, parfois sans même le savoir, au mépris de leurs droits fondamentaux.
12 Mai 2021
docusonores [{"user_id":"1448","role":"Illustrations"},{"role":"Prise de son","user_id":"1429"},{"role":"Mixage, habillage sonore","user_id":"1473"},{"role":"Musique","user_id":"1517"},{"role":"Doublage","user_id":"1440"},{"role":"Voix off","user_id":"1303"}] https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2021/05/Webdoc-Chap-5-fichage-s17.mp3 https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2021/05/webdoc-chap-5-fichage-s17-ar.srt https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2021/05/webdoc-chap-5-fichage-s17-fr.srt
Une création de
Christophe Cotteret
Illustrations
_Z_
Prise de son
Bochra Triki
Mixage, habillage sonore
Oussema Gaidi
Musique
Omar Aloulou
Doublage
Maher Dhahbi
Voix off
Monia Ben Hamadi

À l’entrée du Cap Bon, dans la ville de Menzel Bouzelfa, à une quarantaine de kilomètres de Tunis, tout paraissait paisible ce mercredi 5 septembre 2018.

L’entrée de la ville, elle, est quasiment déserte, quelques voitures passent à intervalles irréguliers. Ici se trouve le commissariat principal : petite façade blanche, petite porte d’entrée. En entrant, un guichet sombre à droite, le bureau du commissaire, plus lumineux, à gauche, quelques bureaux plus loin quand on s’enfonce dans le couloir. Face au commissariat, un café, presque vide. Quelques habitué·es seulement ce jour-là, des commerçant·es qui travaillent à proximité, dont un garagiste et un jeune vendeur de fruits à la sauvette.

Ce 5 septembre 2018 donc, Mohamed Dhia Arab, bientôt 30 ans, sort de la demeure familiale, une petite maison modeste cachée au fond d’une rue étroite, marche un court kilomètre et se poste devant le commissariat à l’entrée de la ville. Personne ne lui prête attention.

Il dévisse le bouchon d’un bidon d’essence, s’asperge lentement, sort un briquet, et s’immole. Hébétés, les clients du café en face l’observent marcher calmement, sans trace d’agitation. Les jeunes policiers en faction devant le poste, terrorisés, rentrent précipitamment dans le commissariat.

 L’ambulance arrive deux heures plus tard. Deux longues heures d’agonie. Mohamed Dhia Arab décédera le lendemain à l’hôpital de la Rabta des suites de ses blessures. L'événement est passé sous silence. Pas une censure non, mais un oubli. Sept ans après la révolution, une immolation, ça n’intéresse plus personne. Et encore moins quand il s’agit d’un jeune homme portant comme un tatouage invisible la mention infamante “S17”.  

Le dilemme de la justice antiterroriste

Ce documentaire sonore en cinq chapitres est une plongée inédite dans les rouages de la justice antiterroriste tunisienne. Il prolonge le documentaire "Daech, le dilemme de la justice" et compile plus de deux ans d’enquêtes et d’entretiens pour tenter d’éclairer les enjeux de l’antiterrorisme en Tunisie.

Les derniers épisodes

Torture et détention, une machine à radicaliser

Les accusé·es de terrorisme ont souvent droit à un “traitement préférentiel” : arrestations brutales, incarcérations systématiques dans des conditions dégradantes sans distinction de la gravité du délit, actes de torture... Et quand ils et elles sont ensuite jeté·es en prison, mélangé·es sans distinction aux détenu·es de droit commun, la machine à radicalisation s’enclenche dans les cellules.

Des revenant·es qui ne reviennent pas

Faut-il rapatrier massivement les ex-combattant·es tunisien·nes de l’État islamique pour les juger ? Cette question divise en Tunisie : pour beaucoup, il n’en est pas question. Alors qu’il serait hasardeux aujourd’hui d’avancer le nombre exact de revenant·es potentiel·les, le Conseil national de Sécurité a tranché : pour l’instant, seul·es quelques-un·es pourront revenir. Mais du côté de la justice, se pose le problème de la garantie de procès équitables.

A l'origine du désastre

Depuis les attentats de 2002 et 2007, la propagande présentant la Tunisie comme étrangère au phénomène extrémiste a volé en éclats. En 2011, l'amnistie générale de tou·tes les prisonnier·es politiques a contribué à la fragilité sécuritaire. Entre laxisme politique et resserrement sécuritaire, le traitement des affaires liées au terrorisme en Tunisie ces deux dernières décennies donne un éclairage nécessaire pour comprendre les problématiques actuelles. 

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