1 Devant le ministère de l’Intérieur

Les manifestant·es commencent à se rassembler sur l’avenue Habib Bourguiba vers 10h du matin. Pour la première fois, le mur invisible entourant le ministère de l’intérieur se brise et de nombreuses personnes scandent leurs slogans nez-à-nez avec la police.

Devant le ministère de l’Intérieur

Oussema était parmi les premier·es manifestant·es à arriver devant le bâtiment imposant du ministère de l’Intérieur. Avant ce jour-là, ce symbole du régime répressif de Ben Ali était inapprochable. Cette fois, les manifestant·es grimpent aux fenêtres et aux poteaux, demandent le départ du dictateur et font face à la police. Chacun et chacune des personnes présentes revivent la mémoire d’un sentiment d’union et de révolte devant une situation qui ne peut plus durer.

2 Passage du cortège funèbre

Sur les coups de 14h, le cortège funèbre de Helmi, jeune homme de 23 ans tué par balle la veille lors d’une manifestation à Bab el Khadhra, traverse l’Avenue suivi de centaines de personnes. Cet événement inattendu signe le début de la répression policière.

Passage du cortège funèbre

D’un côté les manifestant·es encerclé·es par la police, de l’autre, le cortège funèbre. La mère du défunt, ses amis ou encore les personnes présentes racontent ce moment de bascule où la manifestation pacifique se transforme en un champ de bataille, sous les gaz lacrymogènes, les mouvements de foule et les matraques.

3 La bataille de Jean Jaurès

Des manifestant·es, emporté·es par la foule fuyant les gaz lacrymogènes et les matraques de la police, se retrouvent avenue Jean Jaurès. Nash et Oussema racontent les batailles oubliées où les manifestant·es ont pris le dessus sur la police.

La bataille de Jean Jaurès

“Jean Jaurès est quasiment devenue une zone libre”. Des bus de policiers récupérés pour en faire des barrages, des casques, matraques ou grenades de gaz lacrymogène récupérées, des pierres jetées en direction des policiers… l’histoire de l’avenue Jean Jaurès, à quelques mètres de l’avenue Habib Bourguiba, est une bataille dans la Bataille. Les manifestant·es sont uni·es contre un seul ennemi et affrontent le bras armé du régime, la police.

4 Caché·es dans les immeubles

La police réprime violemment. Les manifestant·es cherchent par tous les moyens à fuir, se retrouvant à l’intérieur de halls d’immeubles ou dans des appartements. Derrière ces murs, ils et elles vivent des moments paisibles ou angoissants qui contribuent à leur manière à documenter une mémoire invisible.

Caché·es dans les immeubles

Quand Bakhta se retrouve accueillie dans un appartement et se met à discuter avec ses hôtes, Wissal est sur le toit de l’immeuble du bar des journalistes et Alaeddine accueille des dizaines de personnes dans ses locaux. Après les affrontements, le rythme ralenti, ponctué du bruit des bottes et des déflagrations de gaz lacrymogènes. Les protagonistes font connaissance avec leurs compagnon·nes de fortune.

5 L’hôtel-refuge

Plus d’une centaine de personnes se réfugie au sein de l’hôtel le Carlton, situé en face du ministère de l’Intérieur. Saif Ghrairi, qui avait 12 ans à l’époque, en fait partie. Pendant ce temps Nedra Ben Smaïl, directrice de l’hôtel, devra gérer la situation.

L’hôtel-refuge

Alors que les gaz lacrymogènes recouvrent entièrement l’avenue, les réfugié·es se retrouvent rassemblé·es dans une salle de l’hôtel et suivent l’évolution de la situation devant la télévision. Des cris, des pleurs, des personnes prises de vomissements… le désordre règne. La responsable de l’hôtel doit trouver une solution, bientôt le couvre-feu sera annoncé.

6 Annonce du couvre-feu

Le couvre-feu est annoncé pour 17h. Les personnes réfugiées dans des appartements ou à l’hôtel, apprennent qu’elles devront y passer la nuit.

Annonce du couvre-feu

De nombreuses personnes se trouvent encore dans les rues du centre-ville, ne comprenant pas réellement ce qui se passe. Les policiers commencent à investir les immeubles dans lesquels certain·es manifestant·es ont trouvé refuge. Certain·es parviennent à s’échapper et à rentrer, d’autres sont attaqué·es par les policiers, tandis que les dernier·es devront resté·es caché·es.

7 Annonce du départ de Ben Ali

Aux alentours de 17 ou 18h, l’inimaginable se produit. On annonce la fuite de Ben Ali, après 23 ans de dictature et plus d’un mois de révoltes populaires. Les réactions diffèrent, entre joie, peur de l’inconnu et inquiétude.

Annonce du départ de Ben Ali

“On a réussi, il est parti, c’est terminé”. Devant la télévision, en plein couvre-feu, les protagonistes racontent le sentiment vécu au moment de l’annonce de la fuite du dictateur. Mais à l’extérieur, le bruit des policiers et de personnes qui crient ne font pas oublier l’angoisse de la situation.

8 Le cri de Laouini

En plein couvre-feu, une voix brise le silence et crie “Ben Ali Hrab”. Cette voix, c’est celle d’Abdennaceur Laouini, avocat connu dans les milieux militants. Il défie les interdits et sort exprimer sa joie après la fuite du dictateur Ben Ali.

Le cri de Laouini

Dans un immeuble donnant sur l’Avenue, des femmes le filment, émues, vivant un des instants les plus mémorables du soir du 14 janvier, celui de cet homme seul, qui rappelle les violences du régime - tortures, oppressions, injustices - et qui crie sa joie de le voir enfin parti. Il annonce ainsi cette “libération”.

9 Impressions

Les manifestant·es racontent leurs anecdotes et l’empreinte qu’a laissé en chacun·e cette journée où l’Histoire du pays a basculé.

Impressions

“C’est difficile de penser à ce moment-là”... Les témoignages diffèrent mais se rejoignent, un sentiment d’impensé, d’hyper-présence, de confusion. Une impression ambiguë entre la joie de l’instant historique, l’apprentissage de la camaraderie et de la solidarité et l’inconnu de ce qui allait se passer. “Les gens auront toujours en tête, qu’un jour, un peuple est descendu dans la rue pour dire non à une dictature, pour dire non à un système”... “C’est une chance d’avoir vécu cette journée”. Cependant, malgré la fierté, un sentiment d’amertume post-révolution transparaît.

10 Au bout de la nuit

Bloqué·es dans des appartements, des bureaux ou à l’hôtel, les manifestant·es témoignent d’une nuit d’attente, de rencontres mais aussi d’angoisse face aux bruits des policiers venus de l’extérieur.

Au bout de la nuit

Puis, en pleine nuit, plusieurs personnes s’aventurent sur l’avenue, sortant de l’hôtel Carlton vers un autre hôtel de l’Avenue, pour trouver de quoi dîner après une journée éprouvante. Seif, encore enfant à l’époque, se souvient de ce moment, accompagné de sa mère. Pour se rassurer, un signe d’affection lui aurait suffit. À quelques mètres de là, les cigarettes viennent à manquer et les personnes retranchées dans un appartement ressentent la fatigue et la faim. Quand le bruit des policiers se fait entendre, ils et elles retiennent leur souffle.

11 Descente à Exit

Vers 2h du matin, la police fait une descente dans les locaux d’Exit Production, où s’est réfugiée une cinquantaine de personnes. Commence alors une nuit interminable dans un centre d’arrestation temporaire dans le parking du ministère de l’Intérieur.

Descente à Exit

Les personnes présentes descendent deux par deux, après que la police se soit introduite dans l’immeuble. Les étranger·es bénéficient d’un traitement de faveur, tandis que le reste du groupe traverse l’Avenue, la tête baissée, en direction du ministère de l’Intérieur, sous les insultes, les coups des matraques et sous les yeux des militaires.

12 Dans les geôles de l’Intérieur

Malek Sghiri, jeune étudiant opposant au régime de Ben Ali, a passé huit jours au sein du ministère de l’Intérieur, entre le sous-sol et le 3ème étage, où se déroulent les interrogatoires et se pratique la torture. Malek décrit les caves du ministère, la violence policière et la notion du temps qui se perd.

Dans les geôles de l’Intérieur

Immersion à l’intérieur des caves du ministère de l’Intérieur. La lumière toujours allumée ne permet pas de distinguer le jour de la nuit. Malek raconte les conditions de terreur et d’insalubrité, il entend des bruits à l’extérieur, est interrogé pendant des heures, torturé, menacé de viol... et, le 14 janvier, il est rejoint par des dizaines de manifestants arrêtés ce jour-là. Les policiers deviennent de plus en plus fébriles. Malek raconte en détail ces journées et ces nuits cauchemardesques avant sa libération, le 18 janvier 2011.

13 Centre d’arrestation temporaire

Alaeddine Slim, producteur et réalisateur de cinéma, raconte cette nuit passée au parking du ministère de l’Intérieur et les agissements arbitraires des policiers face aux détenu·es.

Centre d’arrestation temporaire

Les policiers, en uniforme ou en civil, font entrer le groupe au sein du parking. Des scènes de violences, des personnes meurtries par les coups et des policiers qui s’amusent à tenter d’humilier les personnes arrêtées. Alaeddine Slim sortira finalement le 15 janvier au matin. Depuis, il ne voudra plus retourner au centre-ville de Tunis. 10 ans plus tard, les séquelles de cette expérience restent indélébiles.

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Pendant un an, Inkyfada est revenue sur les événements du 14 janvier 2011 à Tunis, à travers des récits personnels d’individus qui y étaient, en proposant une documentation alternative de l’Histoire contemporaine, basée sur plusieurs perspectives. Des extraits ont été assemblés pour créer une cartographie sonore de cette journée qui a vu le destin de tout un pays basculer.

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Revivez l’expérience de la journée et de la nuit du 14 janvier 2011, 10 ans plus tard, comme si vous y étiez, grâce à une immersion sonore et un parcours à suivre sur l’avenue Habib Bourguiba et dans les alentours. Avertissement : Pour des raisons sanitaires et à la suite de l’annonce du confinement général, l’expérience immersive sera disponible à une date ultérieure.

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Retrouvez l’expérience de la journée et de la nuit du 14 janvier 2011, 10 ans plus tard, à partir d’extraits sonores de la série “Tu étais où le 14 janvier”. Grâce aux différents témoignages récoltés tout au long de l’année, inkyfada a reconstitué cette journée historique, de la manifestation sur l’avenue Habib Bourguiba aux geôles du ministère de l’Intérieur.

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Dirigez-vous vers le point 1 qui s’affiche sur la carte (Avenue Habib Bourguiba, près de l’horloge) pour commencer l’expérience. Le son s’active automatiquement dès que vous vous retrouvez sur un point de la carte.

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Certains extraits sonores durent plus longtemps que le temps de marche entre deux points. Prenez le temps d’écouter tout en redécouvrant les lieux où vous vous trouverez avant d’aller au point suivant.

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Pour avoir plus d’informations sur les extraits sonores et pour accéder aux sous-titres, swipez sur la barre en bas de l’écran.

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Le parcours du 14 janvier

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Pour une expérience optimale, suivez le parcours sonore du 1er au 13ème point. Vous pouvez également écouter les récits en cliquant sur un point de la carte. L’histoire débute en face du ministère de l’Intérieur, au matin, quand les manifestant·es se rassemblent pour demander la chute du régime de Ben Ali. Très rapidement, les évènements s’accélèrent, la nuit tombe et s’achève par les expériences de violences policières dans les geôles ou le parking du ministère de l’Intérieur.

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À-propos

Inkyfada commémore les 10 ans de la révolution en retraçant les évènements du 14 janvier au centre-ville de Tunis. Pour la première fois, les équipes de journalistes, producteur·trices, développeur·ses et graphistes proposent une expérience immersive au coeur du centre-ville de Tunis pour en restituer l'atmosphère, les expériences, les sentiments et les vécus.

Grâce aux nombreux témoignages récoltés tout au long de l’année dans le cadre de la série de podcasts “Tu étais où le 14 janvier”, cette journée historique a pu être reconstituée.

L'équipe d'inkyfada Podcast tient à remercier toutes celles et ceux qui ont participé à ce projet inédit qui a permis de restituer un moment de l'Histoire contemporaine de la Tunisie, cette journée où le destin d'un pays a basculé.

Crédits

Réalisation : Bochra Triki

Accompagnement éditorial : Monia Ben Hamadi et Hazar Abidi

Montage : Bochra Triki

Habillage sonore et mixage : Oussema Gaïdi

Design et illustrations : Marwen Ben Mustapha

Développement : Bilel Ben Houssine