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El-Kamour : Un sit-in en plein désert

Juin 2017, pendant Ramadan. Plus de 40° à l’ombre, en plein désert. Raouf, Zoubeir, Ali, Tarek et leurs amis, ont installé leurs tentes à côté de la vanne d’El Kamour. À travers leur vie en communauté, entre des éclats de rire et des moments de détresse, ils racontent leur périple ponctué d’espoirs et de doutes. Après des mois de négociations, de manifestations et de tensions avec le gouvernement, après la fermeture de la vanne, le drame du 22 mai et la signature de l’accord, ils ont retenu l’essentiel : l’apprentissage de la démocratie, la solidarité dans la lutte et un mot d’ordre. On ne lâche rien.
10 Juin 2017
docusonores [{"title":"Intro","start":"00:00","thumbnail":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/kamour-cover-2.jpg"},{"title":"Vie de camp","start":"3:10","thumbnail":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/15-EL-kamour-photoreportage-tente-inkyfada-1920.jpg"},{"title":"Affrontements","start":"22:22","thumbnail":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/23-EL-kamour-photoreportage-attroupement-nettoyage-inkyfada-1920.jpg"},{"title":"Accord fragile","start":"34:07","thumbnail":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/22-EL-kamour-photoreportage-zoubeir-vanne-inkyfada-1920.jpg"},{"title":"Epilogue","start":"47:50","thumbnail":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/25-EL-kamour-photoreportage-ali1-the-inkyfada-1920.jpg"}] [{"title":"Les \u00e9v\u00e9nements d'El Kamour racont\u00e9s par Anis Saadi, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat de la Garde nationale de Tataouine","description":"
Anis Saadi est bien connu des protestataires d\u2019El Kamour. Si ce n\u2019est ses fonctions au sein de la garde nationale, rien ne les diff\u00e9rencie. Fils de Tataouine, sa version des \u00e9v\u00e8nements autour de la vanne d\u2019El Kamour ne s\u2019\u00e9loigne pas de celle des manifestants. \u00c0 quelques d\u00e9tails pr\u00e8s.<\/div>

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Car \u00e0 Tataouine, les diff\u00e9rents protagonistes sont plus ou moins d\u2019accord. Les manifestations, les gr\u00e8ves et le sit-in d\u2019El Kamour ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un soutien populaire sans pr\u00e9c\u00e9dent dans la r\u00e9gion. Mais pour cet agent de la garde nationale, la loi doit \u00eatre respect\u00e9e. La fermeture de la vanne devait \u00eatre emp\u00each\u00e9e.<\/div>

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Entre les lignes, Anis Saadi pointe du doigt l\u2019arm\u00e9e. C\u2019est elle qui \u00e9tait aux commandes. C\u2019est elle qui a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les activit\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res. C\u2019est elle qui a demand\u00e9 \u00e0 la garde nationale d\u2019intervenir. L\u2019arm\u00e9e, en effet, n\u2019est pas une force d\u2019intervention. Comme le rappelle l\u2019agent s\u00e9curitaire, elle ne dispose que d\u2019armes \u00e0 feu. La garde, elle, a les matraques et le gaz lacrymog\u00e8ne.<\/div>

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\u00c0 El Kamour, les affinit\u00e9s peuvent donc surprendre. Quand les manifestants ne tarissent pas d\u2019\u00e9loges sur la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et la sagesse de l\u2019arm\u00e9e, une partie de la garde nationale ne cache pas sa ranc\u0153ur. Quand les militaires laissent les protestataires fermer la vanne pour \u00e9viter une escalade de violences, quand ils leur fournissent de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, vitale pour la long\u00e9vit\u00e9 du camp, ce sont les agents de la garde nationale qui ont le mauvais r\u00f4le.<\/div>

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Un mort, des bless\u00e9s, des tentes br\u00fbl\u00e9es, des traumatismes et des accusations : \u201cla justice militaire tranchera\u201d, r\u00e9pond Anis Saadi.<\/div>

<\/div>","podcast_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/el-kamour-Anis-Saadi-garde-nationale-inkyfada.mp3","subtitle_fr_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Sous_titres_final_Anis_Saadi_ff.srt","subtitle_ar_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/Sous_titres_final_Anis_Saadi_ff_ar.srt"},{"title":"Le myst\u00e8re des \"puces Tunisiana\"","description":"
Les jeunes d\u2019El Kamour ont mis en place une organisation qui leur est propre. Des responsables dans chaque tente, une groupe charg\u00e9 de la coordination et des prises de d\u00e9cision qui reviennent toujours \u00e0 la base.<\/div>

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Pour communiquer avec le monde ext\u00e9rieur ou leurs proches, ils utilisent les r\u00e9seaux sociaux, particuli\u00e8rement Facebook. Un direct pour exprimer une position ou d\u00e9mentir des rumeurs, des vid\u00e9os d\u2019affrontements, un communiqu\u00e9\u2026 afin de pallier le manque d\u2019informations v\u00e9hicul\u00e9es par les m\u00e9dias, ils se d\u00e9brouillent avec les moyens du bord.<\/div>

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Mais \u00e0 El Kamour, en plein d\u00e9sert, tous les op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9phoniques ne sont pas pr\u00e9sents. Pour autant, la connexion haut d\u00e9bit fonctionne bien. Car avant d\u2019arriver \u00e0 la vanne, les protestataires ont re\u00e7u une visite surprise : les employ\u00e9s d\u2019un op\u00e9rateur priv\u00e9 sont venus leur distribuer des puces gratuitement, leur assurant qu\u2019ils avaient am\u00e9lior\u00e9 le r\u00e9seau dans les environs.<\/div>

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\u201cIls nous ont dit qu\u2019ils nous soutenaient\u201d, assure Zoubeir avant de raconter comment le r\u00e9seau a l\u00e2ch\u00e9, la veille des affrontements du 22 mai, laissant les protestataires dans un \u00e9tat de psychose avanc\u00e9.<\/div>

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Alors, toutes les th\u00e9ories sont avanc\u00e9es. Pi\u00e9ger les manifestants et les emp\u00eacher de contacter leurs proches dans un moment critique ? Les ficher gr\u00e2ce \u00e0 leurs pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9 ? Si Zoubeir privil\u00e9gie cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, il reste prudent. \u201cDieu seul le sait\u201d.<\/div>","podcast_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/el-kamour-Puces_Tunisiana-inkyfada.mp3"},{"title":"Dans une autre vie : cracheurs de feu et charmeurs de serpents \u00e0 El Kamour","description":"
Juin 2017, le mois de Ramadan s\u2019ach\u00e8ve et les protestataires sont toujours install\u00e9s \u00e0 El Kamour. L\u2019accord avec le gouvernement a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 quelques jours auparavant mais Ali et son fr\u00e8re Mouheb ont f\u00eat\u00e9 l\u2019A\u00efd dans le camp. Toutes les occasions sont alors bonnes pour faire le spectacle, en attendant la mise en oeuvre des mesures annonc\u00e9es.<\/div>

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Au rythme de la musique, Ali et Mouheb exposent leur savoir-faire. En 1996, alors qu\u2019il se baladait \u00e0 Hammamet, Ali fait la rencontre d\u2019un fakir connu dans le milieu du spectacle et de l\u2019h\u00f4tellerie. Il assiste \u00e0 l\u2019une de ses repr\u00e9sentations sans \u00eatre impressionn\u00e9 pour autant. Jouer avec le feu, charmer les serpents ou manier les sabres, \u201cpour nous, c\u2019est un jeu d\u2019enfants\u201d. \u00c0 cette \u00e9poque, le travail ne manque pas. Il d\u00e9cide donc d\u2019embarquer son fr\u00e8re et ses amis avec lui et de monter une troupe.<\/div>

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Du festival de Carthage aux mariages en passant par les soir\u00e9es des h\u00f4tels de Djerba ou d\u2019ailleurs, Ali et Mouheb ont fait le tour de la Tunisie et du Maghreb. Mais les deux jeunes fr\u00e8res n\u2019y voient pas leur avenir, surtout avec la crise du secteur touristique, les commandes se font plus rares et les \u00e9volutions incertaines. \u201cOn ne peut pas aller tr\u00e8s loin avec \u00e7a\u201d.<\/div>

<\/div>","podcast_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/el-kamour-Fakirs-inkyfada.mp3"},{"title":"La justice pour Anouar Sokrafi ?","description":"
Le porte-parole de la garde nationale a effectivement menti au sujet de la mort tragique d\u2019un des protestataires d\u2019El Kamour lors des affrontements du 22 mai. Anouar Sokrafi ne s\u2019est pas retrouv\u00e9 derri\u00e8re une voiture qui faisait marche arri\u00e8re et qui l\u2019aurait accidentellement renvers\u00e9. Les vid\u00e9os le prouvent. Le jeune homme de 23 ans a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 sur le coup alors que l\u2019agent au volant du v\u00e9hicule tout-terrain roulait \u00e0 toute allure entre les manifestants.<\/div>

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Depuis, une st\u00e8le en marbre a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 le \u201cmartyr\u201d est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, mais \u00e0 ce jour, aucune responsabilit\u00e9 de la garde nationale n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconnue. L\u2019affaire est entre les mains de la justice militaire, des t\u00e9moignages ont \u00e9t\u00e9 recueillis, une enqu\u00eate est encore en cours, mais les jeunes de Tataouine n\u2019y croient pas. \u201cComme pour ce qui s\u2019est pass\u00e9 pendant la R\u00e9volution (\u2026), il n\u2019y aura pas de justice\u201d.<\/div>

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Car pour les manifestants pr\u00e9sents sur les lieux le jour des affrontements, s\u2019il y avait une volont\u00e9 de juger et de sanctionner le coupable de ce qu\u2019ils consid\u00e8rent comme un homicide volontaire, les autorit\u00e9s l\u2019auraient d\u00e9j\u00e0 fait. Il suffirait alors de r\u00e9pondre \u00e0 une seule question : \u201cQui conduisait la voiture ?\u201d.<\/div>

<\/div>
Avocat de la partie civile, Mohamed Chalghoum a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Inkyfada que l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par le tribunal militaire n\u2019avait pas avanc\u00e9. Les derni\u00e8res auditions se sont d\u00e9roul\u00e9es le 17 octobre 2017 et le responsable des op\u00e9rations, men\u00e9es par la garde nationale le 22 mai dernier, a \u00e9t\u00e9 entendu en tant que t\u00e9moin. Aucun chef d\u2019inculpation n\u2019a \u00e9t\u00e9 retenu pour le moment. Contact\u00e9 \u00e9galement, le porte-parole de l\u2019arm\u00e9e n\u2019a donn\u00e9 aucune pr\u00e9cision.<\/div>","podcast_fileUrl":"https:\/\/inkyfada.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/el-kamour-justice-pour-Sokrafi-inkyfada.mp3"}] https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2019/01/el-kamour-documentaire-50min-inkyfada.mp3 https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2019/02/webdoc_kamour_ar.srt https://inkyfada.com/wp-content/uploads/2019/01/webdoc_kamour-1.srt
Une création de
Kais Zriba
Malek Khadhraoui
Monia Ben Hamadi

Juin 2017, pendant Ramadan. Plus de 40° à l’ombre, en plein désert. Raouf, Zoubeir, Ali, Tarek et leurs amis, ont installé leurs tentes à côté de la vanne d’El Kamour. À travers leur vie en communauté, entre des éclats de rire et des moments de détresse, ils racontent leur périple ponctué d’espoirs et de doutes. Après des mois de négociations, de manifestations et de tensions avec le gouvernement, après la fermeture de la vanne, le drame du 22 mai et la signature de l’accord, ils ont retenu l’essentiel : l’apprentissage de la démocratie, la solidarité dans la lutte et un mot d’ordre. On ne lâche rien.

Anis Saadi est bien connu des protestataires d’El Kamour. Si ce n’est ses fonctions au sein de la garde nationale, rien ne les différencie. Fils de Tataouine, sa version des évènements autour de la vanne d’El Kamour ne s’éloigne pas de celle des manifestants. À quelques détails près.

Car à Tataouine, les différents protagonistes sont plus ou moins d’accord. Les manifestations, les grèves et le sit-in d’El Kamour ont bénéficié d’un soutien populaire sans précédent dans la région. Mais pour cet agent de la garde nationale, la loi doit être respectée. La fermeture de la vanne devait être empêchée.

Entre les lignes, Anis Saadi pointe du doigt l’armée. C’est elle qui était aux commandes. C’est elle qui a échoué à protéger les activités des sociétés pétrolières. C’est elle qui a demandé à la garde nationale d’intervenir. L’armée, en effet, n’est pas une force d’intervention. Comme le rappelle l’agent sécuritaire, elle ne dispose que d’armes à feu. La garde, elle, a les matraques et le gaz lacrymogène.

À El Kamour, les affinités peuvent donc surprendre. Quand les manifestants ne tarissent pas d’éloges sur la générosité et la sagesse de l’armée, une partie de la garde nationale ne cache pas sa rancœur. Quand les militaires laissent les protestataires fermer la vanne pour éviter une escalade de violences, quand ils leur fournissent de l’électricité, vitale pour la longévité du camp, ce sont les agents de la garde nationale qui ont le mauvais rôle.

Un mort, des blessés, des tentes brûlées, des traumatismes et des accusations : “la justice militaire tranchera”, répond Anis Saadi.

Les jeunes d’El Kamour ont mis en place une organisation qui leur est propre. Des responsables dans chaque tente, une groupe chargé de la coordination et des prises de décision qui reviennent toujours à la base.

Pour communiquer avec le monde extérieur ou leurs proches, ils utilisent les réseaux sociaux, particulièrement Facebook. Un direct pour exprimer une position ou démentir des rumeurs, des vidéos d’affrontements, un communiqué… afin de pallier le manque d’informations véhiculées par les médias, ils se débrouillent avec les moyens du bord.

Mais à El Kamour, en plein désert, tous les opérateurs téléphoniques ne sont pas présents. Pour autant, la connexion haut débit fonctionne bien. Car avant d’arriver à la vanne, les protestataires ont reçu une visite surprise : les employés d’un opérateur privé sont venus leur distribuer des puces gratuitement, leur assurant qu’ils avaient amélioré le réseau dans les environs.

“Ils nous ont dit qu’ils nous soutenaient”, assure Zoubeir avant de raconter comment le réseau a lâché, la veille des affrontements du 22 mai, laissant les protestataires dans un état de psychose avancé.

Alors, toutes les théories sont avancées. Piéger les manifestants et les empêcher de contacter leurs proches dans un moment critique ? Les ficher grâce à leurs pièces d’identité ? Si Zoubeir privilégie cette dernière hypothèse, il reste prudent. “Dieu seul le sait”.
Juin 2017, le mois de Ramadan s’achève et les protestataires sont toujours installés à El Kamour. L’accord avec le gouvernement a été signé quelques jours auparavant mais Ali et son frère Mouheb ont fêté l’Aïd dans le camp. Toutes les occasions sont alors bonnes pour faire le spectacle, en attendant la mise en oeuvre des mesures annoncées.

Au rythme de la musique, Ali et Mouheb exposent leur savoir-faire. En 1996, alors qu’il se baladait à Hammamet, Ali fait la rencontre d’un fakir connu dans le milieu du spectacle et de l’hôtellerie. Il assiste à l’une de ses représentations sans être impressionné pour autant. Jouer avec le feu, charmer les serpents ou manier les sabres, “pour nous, c’est un jeu d’enfants”. À cette époque, le travail ne manque pas. Il décide donc d’embarquer son frère et ses amis avec lui et de monter une troupe.

Du festival de Carthage aux mariages en passant par les soirées des hôtels de Djerba ou d’ailleurs, Ali et Mouheb ont fait le tour de la Tunisie et du Maghreb. Mais les deux jeunes frères n’y voient pas leur avenir, surtout avec la crise du secteur touristique, les commandes se font plus rares et les évolutions incertaines. “On ne peut pas aller très loin avec ça”.

Le porte-parole de la garde nationale a effectivement menti au sujet de la mort tragique d’un des protestataires d’El Kamour lors des affrontements du 22 mai. Anouar Sokrafi ne s’est pas retrouvé derrière une voiture qui faisait marche arrière et qui l’aurait accidentellement renversé. Les vidéos le prouvent. Le jeune homme de 23 ans a été tué sur le coup alors que l’agent au volant du véhicule tout-terrain roulait à toute allure entre les manifestants.

Depuis, une stèle en marbre a été placée à l’endroit où le “martyr” est décédé, mais à ce jour, aucune responsabilité de la garde nationale n’a été reconnue. L’affaire est entre les mains de la justice militaire, des témoignages ont été recueillis, une enquête est encore en cours, mais les jeunes de Tataouine n’y croient pas. “Comme pour ce qui s’est passé pendant la Révolution (…), il n’y aura pas de justice”.

Car pour les manifestants présents sur les lieux le jour des affrontements, s’il y avait une volonté de juger et de sanctionner le coupable de ce qu’ils considèrent comme un homicide volontaire, les autorités l’auraient déjà fait. Il suffirait alors de répondre à une seule question : “Qui conduisait la voiture ?”.

Avocat de la partie civile, Mohamed Chalghoum a déclaré à Inkyfada que l’enquête menée par le tribunal militaire n’avait pas avancé. Les dernières auditions se sont déroulées le 17 octobre 2017 et le responsable des opérations, menées par la garde nationale le 22 mai dernier, a été entendu en tant que témoin. Aucun chef d’inculpation n’a été retenu pour le moment. Contacté également, le porte-parole de l’armée n’a donné aucune précision.

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