Senda, Haythem et leurs trois enfants : 4700 dinars par mois… et quelques dettes

Senda* et Haythem* sont marié·es depuis 14 ans. Le couple a trois enfants et s’est installé dans la banlieue de Tunis. Pour cette famille qui vit confortablement, il n’est pour autant pas facile d’épargner. Plongée dans leur porte-monnaie.

20/11/2017
Le quotidien de Senda et Haythem est toujours bien rempli et réglé comme une horloge. Le matin, le couple quitte son domicile en voiture avec ses fils aînés, Hatem* et Anis* tandis que Rayan*, le benjamin, reste avec sa tante à la maison. Les parents déposent les enfants à l’école avant d’aller à leur travail respectif. En fin d’après-midi, Senda et Haythem les récupèrent, passent rapidement déposer leurs affaires avant d’aller faire des courses ou d’amener les enfants à leurs diverses activités. En général, leur journée ne se termine jamais avant 21h.
Pour se permettre cela, les parents ne peuvent pas se passer de l’aide d’une tante de Senda, qui habite avec eux. C’est elle qui s’occupe des enfants, en particulier du plus jeune, Rayan. Surnommée “Nana” par les enfants, elle fait partie intégrante de la famille. Elle prépare les repas et évite aux parents de nombreux aller-retours depuis le centre-ville. À part lorsqu’elle sort se promener avec Rayan, “Nana” reste la plupart du temps à la maison, s’occupe de son entretien et ne sort que rarement.
Les salaires de Haythem et Senda permettent de faire vivre l’ensemble du foyer. Il est cadre supérieur au sein d’une banque de Tunis tandis qu’elle est employée dans une institution étatique. Leurs salaires cumulés leur permettent de vivre confortablement et de payer plusieurs activités extrascolaires à leurs enfants. Voici un aperçu de leurs revenus et dépenses :
Les plus grandes dépenses de Haythem et Senda sont leurs prêts bancaires et la scolarité des enfants. Jusqu’à ce jour, le couple rembourse le prêt de la maison que Haythem a fait construire il y a une vingtaine d’années.
Leurs frais principaux concernent ensuite la vie quotidienne, principalement la nourriture : ils dépensent environ 400 dinars par semaine pour ces courses. Au quotidien, Haythem et Senda vont régulièrement au café, s’achètent des cigarettes ou mangent au restaurant avec des ami·es.
“Mais on est surtout occupés avec les enfants !” commente Senda en souriant. Leurs fils aînés, Hatem et Anis, ont respectivement 10 et 8 ans. Il sont scolarisés dans le même établissement, une école privée du centre-ville de Tunis.
Bien qu’ils aient d’excellentes notes, leurs parents leur paient des cours particuliers pour les aider dans leurs devoirs et renforcer leurs connaissances. Ils passent également le mercredi après-midi au sein d’un centre de langue pour apprendre l’anglais. Enfin, trois fois par semaine, les deux garçons s’entraînent à la natation dans un club de sport près de leur domicile.
“La priorité, ce sont nos enfants” répète Senda, “Leurs études et leur épanouissement”.
La famille fait régulièrement des sorties, plus particulièrement en été lorsque leurs fils sont en vacances. Elle en profite pour partir ailleurs en Tunisie, généralement pendant deux semaines. Cette année, le couple et ses trois enfants ont pris la route pour Mahdia, une ville côtière touristique à 200 km au sud de Tunis. “On compense toutes ces dépenses en septembre”, dit Senda en souriant, “C’est le moment où on rééquilibre les choses !”.
Voici le détail de leurs revenus et dépenses mensuelles :

LA ZONE GRISE

Senda et Haythem considèrent faire partie “du haut de la classe moyenne”. Le couple ne s’estime pas endetté et lorsque la famille est “dans le rouge”, Haythem contracte des petits crédits auprès de sa banque. Généralement, ces prêts sont remboursés rapidement. “On est à l’aise”, résume Senda.
“Tous nos besoins sont satisfaits, nous n’avons pas de ‘problèmes’ financiers”, considère Haythem, “Niveau nourriture et au quotidien, on ne compte pas et on se fait plaisir”.
Pour autant, le train de vie de la famille entraîne plus de dépenses que de rentrées d’argent et le couple n’arrive pas à épargner. Des économies permettraient de commencer quelques travaux de rénovation dans la maison par exemple. “On aurait besoin de refaire la peinture” explique Senda, “mais on n’a même pas pu finir celle de l’extérieur”. Senda et Haythem regrettent également de ne pas avoir les moyens de partir en vacances à l’étranger. “On ne rentrerait pas dans nos frais”, commente Senda.
Pour ses déplacements, cette famille utilise surtout la voiture. Jusqu’à très récemment, le couple en possédait deux mais a préféré vendre la plus ancienne même si elle leur était utile.
“Ce n’était pas pour avoir plus d’argent”, explique Haythem, “mais ça me causait toujours du souci de me demander comment j’allais payer les réparations si elle tombait en panne.”
Une autre de leurs préoccupations est la scolarité de leurs enfants. “Hatem passe au collège l’année prochaine et on hésite entre un collège privé et le collège pilote” raconte Haythem. Selon lui, le collège privé lui assurerait un meilleur niveau en français et en anglais. Cependant, les frais sont élevés et les parents ne pourront pas se permettre de débourser la même somme pour ses frères. Senda et Haythem placent donc leurs espoirs dans la réussite de Hatem au concours d’entrée au collège pilote, un collège public et gratuit, réservé aux meilleur·es élèves.

LE FUTUR

Le couple est assez confiant pour l’avenir. Quelques années plus tôt, il et elle ont acheté un terrain constructible en bord de mer qui constitue “une assurance” : Senda et Haythem comptent éventuellement le vendre plus tard. “Si nos enfants partent étudier à l’étranger, au moins on aura des réserves pour les aider”, commente le fonctionnaire.
La famille a déjà envisagé de partir vivre à l’étranger, même si pour l’instant rien de concret n’est prévu.
“Même si on vit bien en Tunisie, parfois je me dis qu’on serait peut-être mieux ailleurs”, considère Haythem, “Ce n’est pas pour une question d’argent, c’est plutôt pour les enfants : les conditions sont meilleures en Europe ou au Canada”.
Le père de famille avoue également se sentir parfois “frustré” dans son travail et manquer de stimulation : il aspirerait à changer d’environnement. Senda est plus réticente car elle craint que s’installer à l’étranger ne soit “un peu difficile”, tant pour l’adaptation de ses enfants que pour trouver du travail. Par ailleurs, elle ne se fait pas à l’idée de s’éloigner de sa famille et de ses ami·es. Le couple n’a donc pour l’instant pas entrepris de démarches et n’est pas sûr de le faire prochainement.
Note de l'auteur

La rubrique Stouchi tire son origine de la rubrique "Votre porte-monnaie au rayon X" du site français Rue89.

*Les prénoms et certains détails ont été modifiés, dans un souci d'anonymat.

ECRIT PAR
Haïfa Mzalouat Diplômée en Histoire et en LLCE Arabe, je suis journaliste à la rédaction d'Inkyfada. Je m'intéresse particulièrement aux questions sociales et à la thématique migratoire.
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