Du cinéma dans les prisons

Lors des dernières Journées Cinématographiques de Carthage (JCC), quatre prisons tunisiennes ont ouvert leurs portes pour accueillir des projections de films de la sélection officielle. Retour en images sur une première.

Augustin Le Gall Photoreportage
06/12/2015
C’est une première en Tunise. Une centaine de détenus de la prison de Mahdia ont été les spectateurs du film égyptien “Out of the ordinary”, réalisé par Daoued Abdel Sayed. Dans cette nouvelle annexe de la prison, prochainement dédiée aux activités de réhabilitation, l’excitation est palpable.
Pendant les Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) 2015 quatre prisons tunisiennes, dont celles de Mahdia et Borj Erroumi (Bizerte), ont été sélectionnées pour accueillir des projections de films pendant la semaine du festival du 21 au 28 novembre 2015.
A la fin de la projection à Borj Erroumi, les questions et interpellations fusent parmi les 200 détenus. Pour l’acteur égyptien Khaled Abol Naga, c’est l’occasion de parler des valeurs que défendent son film, comme le vivre-ensemble et le respect mutuel de chacun, malgré les différences.
Cette initiative a permis à plus de 500 détenu-e-s de sortir du quotidien de la prison. Mais plus qu’une évasion ponctuelle, cette action veut aussi ouvrir un débat sur l’incarcération en Tunisie. En effet, pour Emtyez Bellali, chargée du programme de sensibilisation à l’Organisation Mondiale Contre la Torture, et partenaire de l’événement, “les prisonniers sont aussi des citoyens tunisiens et, à ce titre, ils ont aussi le droit de se sentir comme tel. Même si ils sont privés de liberté, ils ne sont pas privés de leurs droits. C’est aussi le moyen de leur montrer qu’ils ne sont pas isolés.”
Caché à l’arrière de la salle de projection, Najib* peaufine les derniers détails du portrait de l’acteur Khaled Abol Naga, qu’il a peint pour l’occasion. Cela fait quatre ans, qu’il est là. Il lui reste encore trois années avant de sortir.
“Aujourd’hui, j’ai tout le temps pour peindre en prison, explique Najib* si je sais que cela sera difficile de trouver un travail après la prison, je rêve de pouvoir ouvrir mon atelier de peinture quand je sortirai.”
Après avoir offert en main propre son tableau à l’acteur, les caméras se précipitent sur lui pour l’interviewer. C’est l’occasion de valoriser son travail. Cette minute sous les projecteurs sonne comme un avant goût de liberté face à l’enfermement du quotidien.
* Le prénom a été modifié
Vue de hauteur du site de la prison de Borj Erroumi qui domine la ville de Bizerte dans le nord de la Tunisie. © Augustin Le Gall / Haytham pictures Agency

Note de l'auteur

Les visages des détenus ont été floutés et les prénoms modifiés.


Note de la rédaction
Le photographe Augustin Le Gall a réservé la primauté de ce travail pour Inkyfada. Toute republication ou reproduction totale ou partielle de ce travail est soumise à l'autorisation de l'auteur.

ECRIT PAR
Augustin Le Gall " Augustin Le Gall vit et travail entre la France et la Tunisie. Son travail s’oriente vers une photographie documentaire et narrative, où le portrait-reportage occupe une place centrale. Il collabore principalement avec la presse nationale et internationale, des organisations non gouvernementales et des institutions. il est membre de l’agence Haytham Pictures (France) depuis 2013. Portant un vif intérêt pour l’aire méditerranéenne, l’Homme et ses pratiques sont au coeur de son travail. Il revendique une photographie sur le long terme autour de la mémoire collective et des identités en construction, notamment dans des contextes traumatiques.
EN COLLABORATION
Malek Khadhraoui - Édition
Chayma Mehdi - Intégration et Développement